Niger : Agadez : Pénuries et mesures controversées plongent le nord dans une « inquiétude » croissante
Le Collectif des organisations de la société civile de la région d’Agadez (COSCRAZ) a tiré dimanche la sonnette d’alarme face à la dégradation accélérée des conditions de vie dans le nord du Niger. Dans une déclaration solennelle, il dénonce une « accumulation de difficultés » – eau, électricité, carburant, gaz – et réclame des mesures d’urgence aux autorités et aux partenaires internationaux.
« Insuffisance chronique » d’eau potable, coupures électriques à répétition, pénurie persistante de carburant et rareté du gaz domestique : le tableau dressé par le COSCRAZ est sans complaisance. Pour les ménages d’Agadez, ces défaillances alourdissent le quotidien, mais elles frappent aussi durement les activités commerciales et artisanales, fragilisent les structures sanitaires et compromettent la conservation des aliments. En zone pastorale et rurale, le manque d’eau affecte directement le bétail et l’agriculture, deux piliers de survie pour des milliers de familles.
La pénurie de carburant paralyse en outre les transports, isole des localités entières et renchérit les échanges. Quant à la raréfaction du gaz, elle contraint de nombreux foyers à revenir au bois de chauffe, accélérant selon le Collectif la dégradation de l’environnement et l’avancée de la désertification.
Deux mesures en ligne de mire
Mais le COSCRAZ va plus loin en pointant deux décisions récentes des autorités : l’interdiction de l’exportation du bétail et celle de la vente au détail du carburant.
Dans une région où le pastoralisme demeure un socle économique, l’arrêt des exportations a provoqué une chute brutale des revenus des éleveurs, des commerçants et des transporteurs, aggravant la précarité en milieu rural. La fin de la vente au détail du carburant, sans dispositif alternatif suffisant, a quant à elle privé de nombreuses familles de leur principale source de revenus, alimentant chômage et « désespoir social », en particulier chez les jeunes.
« L’accumulation de ces difficultés crée aujourd’hui un climat de forte inquiétude au sein des populations », insiste le Collectif, qui observe un recul du pouvoir d’achat, une flambée des coûts de transport et une fragilisation générale de l’économie locale.
Appel à l’État et aux partenaires internationaux
Face à cette situation jugée critique, le COSCRAZ lance un appel urgent aux autorités compétentes et aux partenaires au développement. Il réclame notamment :
· le renforcement de l’accès à l’eau potable et à l’électricité,
· un approvisionnement régulier en carburant et en gaz domestique,
· un soutien ciblé aux éleveurs, commerçants et acteurs économiques affectés,
· la mise en place de mécanismes d’accompagnement pour les populations vulnérables,
· un dialogue constructif avec les forces vives de la région,
· et la préservation de la stabilité sociale et de la cohésion communautaire.
Par ailleurs, alors qu’un débat sur le découpage administratif est en cours, le Collectif exhorte l’État à maintenir l’appellation historique de « région d’Agadez ». Il rappelle que ce territoire, par son poids stratégique, historique et économique pour l’ensemble du Niger, ne saurait être abandonné à une fragilité prolongée.
« Les populations aspirent à des solutions concrètes, à une amélioration de leurs conditions de vie et à une prise en compte effective de leurs préoccupations », conclut la déclaration, qui appelle à une approche fondée sur le dialogue, la justice sociale et le développement inclusif.
En attendant des réponses tangibles, la société civile d’Agadez maintient la pression, avertissant que le silence ou l’inaction pourraient mettre en péril la stabilité déjà fragile de cette région-carrefour du Sahara.
Par Cherif Keita

