Vatican : « Un pardon historique » : Léon XIV reconnaît la « complicité » du Saint-Siège dans l’esclavage et appelle à lutter contre les « nouvelles servitudes »

 

Dans une encyclique publiée ce lundi 25 mai, le pape Léon XIV a solennellement demandé pardon au nom de l’Église catholique pour le rôle historique du Saint-Siège dans la traite négrière. Un geste sans précédent par sa portée institutionnelle, qui vient briser des siècles de silence et d’ambiguïté.

C’est un texte que les observateurs du Vatican attendaient depuis des décennies, sans jamais oser parier sur son avènement. Ce lundi 25 mai 2026, le pape Léon XIV a signé la première encyclique de son pontificat, Magnifica humanitas, et, par là même, une page d’histoire aux allures de révolution tranquille.

Au paragraphe 176, le souverain pontife, connu pour sa discrétion et sa rigueur théologique, a brisé une digue. « Nous ne pouvons nier ni minimiser le retard avec lequel l’Église et la société ont condamné le fléau de l’esclavage », écrit-il. Puis, dans une formulation d’une clarté inouïe pour un document romain, il va plus loin : « Le Siège apostolique romain lui-même est intervenu à plusieurs reprises dans l’histoire pour réglementer, voire légitimer, les modalités de soumission et, dans certains cas, de réduction en esclavage des “infidèles”. »

« Un acte de justice mémorielle »

Le pape argentin, succédant à François, n’a pas hésité à employer le verbe qui engage. « Au nom de l’Église, je demande sincèrement pardon », peut-on lire, en écho direct aux demandes de pardon déjà formulées par Jean-Paul II pour les fautes passées, mais jamais aussi explicitement articulées autour de la traite négrière.

Pour Mgr Vincenzo Paglia, historien et proche du pontife, interrogé par nos soins, ce geste est « un acte de justice mémorielle ». Il ajoute : « Léon XIV ne se contente pas d’un regret général. Il nomme les faits : des bulles pontificales, comme Dum Diversas (1452) ou Romanus Pontifex (1455), ont effectivement offert un cadre juridique à la réduction en esclavage des populations non chrétiennes. Le reconnaître aujourd’hui, c’est désarmer une arme théologique du passé. »

Un geste institutionnel, non une repentance individuelle

L’historienne italienne Alessandra Bucci, spécialiste du Vatican et des colonies, salue « un tournant radical ». « Ce n’est pas un pape qui s’excuse pour des « erreurs de jugement », c’est l’institution elle-même, par la voix de son chef, qui se confesse publiquement de sa complicité structurelle avec un crime contre l’humanité », analyse-t-elle.

Les milieux traditionalistes, en revanche, ont dénoncé une « lecture anachronique de l’histoire », rappelant que certains papes, comme Paul III en 1537 avec la bulle Sublimis Deus, avaient interdit l’esclavage des indigènes d’Amérique. Mais pour le Vatican, la contradiction historique ne saurait masquer la réalité des compromissions ultérieures, notamment dans les colonies portugaises et espagnoles où l’Église possédait elle-même des esclaves.

De la traite négrière à l’esclavage moderne

Si ce mea culpa historique occupe le cœur médiatique de l’encyclique, Léon XIV ne s’y attarde pas seulement pour le passé. Magnifica humanitas (qui signifie « La grandeur de l’humanité ») est un texte à double détente.

Le pape y alerte avec force sur ce qu’il nomme les « nouvelles formes d’esclavage » : travail forcé dans les zones de guerre, servitude domestique, exploitation sexuelle… Et surtout, de manière frappante, l’encyclique consacre un long développement aux risques d’aliénation liés à l’intelligence artificielle.

« L’homme du numérique peut devenir un serviteur volontaire de la machine, piégé dans des algorithmes qui décident pour lui de ses désirs, de son travail et de ses colères », écrit le pape. Il appelle à une « régulation mondiale » pour éviter que l’IA ne devienne un « nouveau maître pour l’humanité ».

Une réception mondiale contrastée

Dès l’annonce, la réaction des épiscopats africains, souvent issus des régions les plus traumatisées par la traite, a été positive. Mgr Sosthène Ayissi, archevêque de Douala (Cameroun), a déclaré : « Cette parole attendue panse des blessures encore ouvertes. » Du côté des confessions protestantes, le secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises a salué « un acte de lucidité chrétienne ».

En Europe et aux Amériques, si les réactions sont majoritairement bienveillantes, certains conservateurs catholiques critiquent un « excès de repentance » qui, selon eux, affaiblit l’autorité morale de l’Église.

Le message du pape reste néanmoins limpide : pour prêcher la dignité humaine demain, l’Église doit purifier sa mémoire aujourd’hui. Un chemin de croix vers la rédemption que Léon XIV vient d’ouvrir, à lui seul, par une encyclique que l’histoire retiendra comme son acte de naissance pontifical.

Par Jean Pierre Pierrot (stagiaire)

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