Tchad : QNET, le réseau criminel qui piège et ruine les jeunes Tchadiens au Nigeria, séquestration, lavage de cerveau, extorsion : des compatriotes victimes de l’ombre. Alerte aux familles
Un fléau silencieux frappe la jeunesse tchadienne sans que les autorités ne semblent réagir. QNET, réseau criminel bien connu ailleurs sur le continent, a désormais étendu ses ramifications jusqu’au Tchad. Des jeunes Tchadiens, en quête d’emploi ou de bourses d’études, tombent chaque mois dans les filets de ces prédateurs. Témoignages et mise en garde.
Ils s’appelaient Ismaël, Djimtolngar, Mbailassem, Nguemadji, Bokhit, Rozi Younous, Remadji , Fatimé, Mahamat. Des noms comme tant d’autres. Des jeunes pleins d’espoir, des diplômés sans travail, des étudiants faute de moyens. Aujourd’hui, certains sont portés disparus. D’autres sont revenus, brisés, vidés de leur substance, parfois ruinés. Tous ont croisé le chemin de QNET, une organisation que ses victimes qualifient sans détour de « réseau criminel ».
Longtemps considéré comme un problème nigérian ou camerounais, le phénomène QNET a désormais franchi les frontières du Tchad. Les recruteurs, habiles et bien organisés, ciblent désormais les jeunes Tchadiens les plus vulnérables, ceux qui rêvent d’un avenir meilleur et sont prêts à tout pour y parvenir.
Des promesses mirifiques pour mieux piéger
Le stratagème est toujours le même, rodé, presque industriel. Un « leader » titre que s’auto-attribuent les membres du réseau contacte sa cible via les réseaux sociaux ou par l’intermédiaire d’un proche déjà conditionné. L’offre est alléchante : formation professionnelle à l’étranger, opportunité d’emploi bien rémunéré, bourse d’études dans une grande université.
Au Tchad, où le chômage des jeunes frôle des sommets, où les perspectives sont rares, ces promesses agissent comme un aimant. « Ils jouent sur nos faiblesses », confie un jeune N’Djaménois qui a failli se faire piéger. « Ils te disent qu’ils vont te sortir de la précarité, que tu vas devenir indépendant. Tu as tellement envie d’y croire que tu fermes les yeux sur les signes qui clochent. »
La traversée vers l’enfer : Nigeria ou Cameroun
Une fois la confiance établie, les victimes sont invitées à se rendre au Nigeria ou au Cameroun, souvent sous prétexte d’un entretien final, d’une formation intensive ou d’une prise en charge sur place. Le voyage est organisé par le réseau lui-même. Pour beaucoup de jeunes Tchadiens, c’est la première fois qu’ils quittent le pays. L’excitation le dispute à l’appréhension.
L’arrivée est un choc. Au lieu d’un centre de formation ou d’une université, les victimes sont conduites dans des maisons inachevées, souvent isolées. Les portes se referment. Les téléphones sont confisqués. Les « leaders » apparaissent. Le cauchemar commence.
Ce que vivent les Tchadiens prisonniers de QNET
Le témoignage des rares rescapés tchadiens est glaçant de similitude. Privés de toute liberté, ils subissent un véritable lavage de cerveau. Des séances de « motivation » harassantes, des discours répétés sur la « réussite », la « loyauté » et le « sacrifice nécessaire ». L’objectif est clair : briser leur personnalité pour mieux les modeler.
Les conditions de vie sont délibérément inhumaines. « Ils mangent une fois tous les deux ou trois jours, nous a rapporté une source proche d’une famille de victime. Du riz sauté au piment, parfois du gari. La faim devient une arme de soumission. »
Le but ultime, une fois le jeune suffisamment manipulé, est de le contraindre à escroquer ses propres proches restés au Tchad. Sous surveillance, ils appellent leurs parents, leurs frères, leurs sœurs. Ils inventent des urgences médicales, des frais d’inscription imprévus, des opportunités à saisir dans l’heure. Les familles, paniquées et pleines de confiance, envoient l’argent. Parfois des économies de toute une vie.
« Mon fils m’a appelée en pleurant, disant qu’il était à l’hôpital, qu’il avait eu un accident », raconte Aïcha, mère d’un jeune N’Djaménois tombé dans le piège. « J’ai envoyé tout ce que j’avais, j’ai même emprunté. Quand j’ai compris la vérité, j’étais détruite. Mon fils n’était pas à l’hôpital. Il était séquestré. »
Un phénomène nié ou ignoré par les autorités
Face à cette menace, le silence des autorités tchadiennes est assourdissant. Aucune mise en garde officielle, aucune campagne de sensibilisation, aucune enquête annoncée. Les rares familles qui ont porté plainte se heurtent à l’incompréhension, voire à l’indifférence.
« J’ai été voir la police à N’Djamena », témoigne un père dont le fils est toujours porté disparu. « On m’a dit qu’il était sûrement parti volontairement et qu’il allait revenir. Mais je sais que ce n’est pas vrai. Mon fils n’aurait jamais fait ça. Il est entre leurs mains. »
Pendant que les autorités tardent à réagir, les recruteurs de QNET continuent de prospérer. Ils savent que les familles tchadiennes sont souvent démunies, que les moyens de pression sont limités, que les frontières sont poreuses. Le Tchad est devenu un terrain de chasse idéal.
Comment les recruteurs opèrent depuis le Tchad
Les experts qui ont étudié le phénomène décrivent un réseau bien structuré, avec des ramifications locales. Les « leaders » recrutent d’abord des « agents » tchadiens, souvent d’anciennes victimes devenues complices par la force ou par intérêt. Ces agents servent d’appâts : ils connaissent la culture locale, parlent les langues, savent où trouver les proies idéales.
Les premiers contacts se font en douceur. Une invitation à une « réunion d’information », une promesse de « mentorat », un témoignage de « réussite » soigneusement mis en scène. Les jeunes Tchadiens, peu méfiants, se laissent séduire. À aucun moment le nom de QNET n’est prononcé. Ce n’est qu’une fois sur place, souvent trop tard, qu’ils comprennent le piège.
Témoignage : « Je suis revenu, mais je ne suis plus le même »
Un jeune Tchadien, que nous appellerons Salomon Redji, a eu la chance de s’échapper après plusieurs semaines de captivité. Il a accepté de nous livrer son récit.
« Je pensais aller au Nigeria pour une formation en commerce international. On m’avait promis un emploi à la clé. À mon arrivée, on m’a pris mon passeport, mon téléphone, tout. On m’a enfermé dans une pièce avec une dizaine d’autres jeunes. Il y avait des Camerounais, des Nigérians, et deux autres Tchadiens comme moi.
Chaque jour, on nous faisait des séances de « motivation ». En réalité, on nous lavait le cerveau. On nous répétait que nos familles étaient notre seul frein à la réussite, qu’il fallait nous « libérer » d’elles en prenant leur argent. Ceux qui refusaient de coopérer ne mangeaient pas. J’ai vu un garçon frappé parce qu’il avait refusé d’appeler sa mère.
J’ai réussi à m’enfuir par une fenêtre une nuit. J’ai marché des heures avant de trouver de l’aide. Je suis revenu au Tchad, mais je ne suis plus le même. J’ai peur. Et je sais qu’il y a encore des Tchadiens là-bas, prisonniers, qui attendent qu’on les sauve. »
Un appel solennel aux autorités et aux familles
Il est urgent que le gouvernement tchadien prenne la mesure de cette menace. Des vies sont en jeu. Des familles sont détruites. Des jeunes disparaissent sans que personne ne bouge. Que fait le ministère de la Sécurité publique ? Que fait la direction de la police judiciaire ? Où sont les campagnes d’information dans les lycées, les universités, les centres de formation ?
Les autorités tchadiennes doivent :
· Lancer une enquête officielle sur les ramifications de QNET au Tchad.
· Émettre un avis public d’alerte pour informer les familles.
· Coopérer avec les pays voisins (Nigeria, Cameroun) pour traquer les recruteurs et libérer les victimes.
· Mettre en place une ligne d’urgence dédiée aux signalements.
Ce que les parents tchadiens doivent faire immédiatement
En attendant que les autorités se réveillent, les familles doivent rester vigilantes. Voici les signes qui doivent alerter :
· Votre enfant reçoit une offre d’emploi ou de formation à l’étranger sans papier officiel, sans contact vérifiable.
· Il devient secret sur ses projets, refuse de donner des détails précis.
· Il vous réclame de l’argent de manière urgente et répétée pour des raisons vagues.
· Il parle de « leader », de « cercle d’influence », de « liberté financière » de façon obsessionnelle.
· Il prévoit de se rendre au Nigeria ou au Cameroun pour un « entretien » ou une « formation ».
Ne jamais envoyer d’argent sans vérification absolue. Exigez un appel vidéo, demandez à parler à un responsable identifiable, contactez l’ambassade ou le consulat. Mieux vaut paraître méfiant que de pleurer son enfant ou son argent.
brisons l’omerta au Tchad
Les Tchadiens sont victimes, comme d’autres peuples de la sous-région. Mais ils ne le savent pas encore assez. Le silence tue. L’indifférence tue. L’inaction tue.
Nous appelons toutes les familles tchadiennes, tous les jeunes, toutes les autorités à briser l’omerta. Parlez autour de vous. Partagez cette alerte. Signalez tout comportement suspect. Les victimes de QNET ne sont pas des coupables. Ce sont des proies. Et les prédateurs, eux, comptent sur notre silence pour continuer à frapper.
Ensemble, protégeons la jeunesse tchadienne. Ensemble, disons non à QNET.
Que faire si vous soupçonnez un proche victime de QNET ?
1. Ne pas paniquer et ne pas envoyer d’argent sans preuve.
2. Exiger une preuve de vie (appel vidéo, photo avec un objet convenu à l’avance).
3. Contacter les forces de sécurité locales (police, gendarmerie).
4. Alerter l’ambassade du pays où se trouverait le proche (Nigeria ou Cameroun).
5. Signaler le cas aux associations de lutte contre les dérives sectaires et la traite des êtres humains.
6. Partager l’information autour de vous pour éviter d’autres victimes.
Nous y reviendrons
Par Kenzo Brown

