Tchad : Crise de nerfs ou malaise divin ? À N’Djaména, un imam s’effondre après un sermon contre « l’injustice »

Ce mercredi 27 mai 2026, la grande prière de l’Aïd al-Adha a viré au drame médiatique à la mosquée Nimra de Bololo (2e arrondissement de N’Djaména). Alors qu’il dénonçait avec virulence les inégalités sociales et la cherté de la vie, l’imam principal de l’édifice s’est brusquement effondré devant des milliers de fidèles stupéfaits.

« On a cru à une mort subite »

Il était environ 9h30 lorsque le religieux, dont l’identité n’a pas encore été officiellement divulguée, a haussé le ton. Selon nos sources, l’homme de foi venait de quitter le registre spirituel traditionnel pour évoquer des « thématiques sensibles » : la vie chère, le chômage des jeunes, et ce qu’il a appelé « l’indifférence des puissants ».

« Il a dit textuellement : “Dieu nous voit entasser le bétail pendant que nos enfants mendient du mil” », raconte Moussa, un fidèle rencontré sur place encore sous le choc. « Soudain, sa voix a faibli. Il a porté la main à sa poitrine et s’est écroulé devant le minbar. Certains ont crié “Allahu Akbar” en pensant à un signe, d’autres à une attaque. »

Pendant quelques secondes, la panique a failli l’emporter sur la ferveur. Des rangs arrière, des femmes ont hurlé. Les premiers rangs se sont figés, ne sachant s’il fallait interrompre la prière ou rester en position d’écoute. Rapidement, un second imam, plus jeune, a pris le micro d’une main ferme. « Frères, notre guide est juste tombé malade. Restez en prière pour lui. Dieu est grand », a-t-il lancé, avant de reprendre le sermon sur un ton consensuel, évacuant toute charge politique.

L’imam principal a été évacué en urgence par des proches. Selon les premières informations, il aurait perdu connaissance mais serait aujourd’hui hors de danger. Un médecin présent dans l’assistance évoque un « malaise vagal sévère, probablement causé par l’émotion et un jeûne potentiel ».

Un sermon « subversif » ou une simple coïncidence médicale ?

Les réactions ne se sont pas fait attendre sur les réseaux sociaux. Pour les uns, le religieux a payé de sa santé son audace : « Il a dit la vérité, le corps n’a pas tenu », écrit un internaute. Pour les autres, il s’agit d’un simple coup de chaleur dans une mosquée bondée.

Mais dans le contexte politique actuel du Tchad, où les libertés d’expression sont surveillées, l’événement prend une tout autre dimension. Aucun communiqué officiel du ministère de l’Intérieur ni de l’Association des oulémas n’a encore été publié. Seule rumeur insistante en ville : le religieux aurait été sommé de modérer ses propos par des notables du quartier… quelques jours avant l’Aïd.

L’office a finalement pu aller à son terme. Mais dans les allées boueuses de Bololo, après la prière, on ne parlait ni du mouton, ni du prix de la viande. On chuchotait : « Quand un imam tombe en plein prêche, c’est peut-être le pays tout entier qui vacille. »

Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, les autorités célébraient la fête dans les palais officiels, sous des barnums climatisés. Sans commenter « le regrettable incident d’un homme de Dieu visiblement fatigué ».

Par Issa Abdou 

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