Éthiopie : Législatives : forte affluence à Addis Abeba, raz-de-marée attendu pour Abiy Ahmed
Les Éthiopiens se sont massivement rendus aux urnes ce lundi 1er juin 2026 pour des élections législatives fédérales et régionales. Sans grand suspense, le Parti de la Prospérité (PP) du Premier ministre sortant Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, est largement attendu pour remporter un nouveau mandat écrasant.
Dès l’aube, de longues files d’attente se sont formées devant les quelque 48 000 bureaux de vote répartis sur l’ensemble du territoire. Dans un quartier populaire du nord-est d’Addis Abeba, des électeurs assurent avoir patienté depuis 2 heures du matin, soit quatre heures avant l’ouverture officielle du scrutin à 6 heures (3 heures GMT).
« C’est une expérience formidable », a confié à l’AFP Ragasa Bacha, un jeune travailleur indépendant de 23 ans qui votait pour la première fois, montrant fièrement son doigt marqué à l’encre indélébile.
Un scrutin sous le signe de la faible concurrence
L’issue du vote ne fait pourtant guère de doute. Le PP, qui détient actuellement 96 % des sièges de la Chambre des représentants du Peuple (HoPR), file vers une nouvelle victoire massive. Selon un récent rapport du centre de réflexion Chatham House, cette élection est décrite comme « l’une de celles donnant lieu à la plus faible compétition » depuis l’instauration du multipartisme en 1991.
Le think tank londonien souligne que, depuis cette date, l’objectif des scrutins a été davantage de « renforcer le pouvoir du gouvernement en place, plutôt que d’offrir aux Éthiopiens de véritables choix politiques pluriels ».
Sur les 501 circonscriptions en lice, le PP n’aura aucun adversaire dans 64 d’entre elles. Le principal parti d’opposition, Ezema, ne présente qu’environ 300 candidats. Son leader, Eyob Mesfin, a déclaré après avoir voté que son parti – qui dispose d’un portefeuille dans le gouvernement sortant – reconnaîtrait les résultats si « le processus est démocratique, équitable et libre ».
Plus de 40 partis d’opposition sont en lice, mais la plupart manquent cruellement de moyens financiers. De nombreux opposants, note Chatham House, « ne participeront pas aux élections » car « certains sont en exil, d’autres interdits de séjour, d’autres emprisonnés », tandis que d’autres ont choisi la lutte armée.
Les défis sécuritaires et l’absence du Tigré
Le scrutin ne sera pas organisé dans la région septentrionale du Tigré (38 sièges), en raison de tensions persistantes entre les autorités régionales et fédérales, ainsi que des déplacements massifs de population – plus d’un million de personnes – à la suite du conflit dévastateur qui a ravagé la région entre 2020 et 2022.
Huit circonscriptions de l’État régional de l’Amhara sont également privées de vote pour des raisons de sécurité.
Malgré les menaces pesant sur plusieurs zones de l’Oromia et de l’Amhara – les deux États régionaux les plus peuplés, ravagés par des conflits armés – aucun incident notable n’a été signalé dans l’immédiat. Toutefois, l’accès à ces zones reste difficile, voire impossible, pour les observateurs indépendants. Les accréditations délivrées aux médias internationaux ont été très limitées, dans un pays où la répression contre les médias indépendants ne cesse de croître.
Les promesses d’Abiy Ahmed face aux réalités économiques
Après avoir voté tôt dans son village natal de Beshasha, dans l’État régional de l’Oromia, le Premier ministre Abiy Ahmed s’est montré offensif :
« L’Éthiopie ne sera plus la même dans cinq ans. Les cinq années à venir seront une période de transformation historique pour notre nation. Pour y parvenir, il faudra encore plus de détermination, de sacrifices et d’efforts que par le passé. »
Pourtant, le bilan économique du prix Nobel de la paix 2019 est contrasté. Si le pays affiche l’une des économies les plus dynamiques du continent depuis le début des années 2000 – avec une croissance du PIB de 9,2 % en 2025 malgré un ralentissement – les défis restent immenses : inflation élevée, dette publique massive, dépendance aux importations, et près de 40 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Une partie des ambitieuses réformes économiques portées par M. Abiy sont restées lettre morte.
Critiques sur l’autoritarisme
Après des premières années de pouvoir porteuses d’espoirs d’ouverture – qui lui ont valu le prix Nobel de la paix en 2019 – Abiy Ahmed est aujourd’hui de plus en plus critiqué, tant à l’intérieur qu’à l’étranger, pour son autoritarisme et sa répression des voix dissidentes.
Les bureaux de vote doivent fermer à 18 heures (15 heures GMT). Les résultats officiels sont attendus dans une dizaine de jours. En attendant, plus de 50 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes dans ce pays de 130 millions d’habitants, le deuxième plus peuplé d’Afrique.
Par Rodrigue Izumo

