Afrique : Pretoria et Nairobi scellent six accords stratégiques pour booster le commerce et l’intégration continentale

 

En visite d’État à Pretoria, le président kényan William Ruto et son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa ont signé six protocoles d’accord couvrant des secteurs clés – commerce, maritime, compétences, genre, arts et sport. Objectif : accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf et porter à 34 le nombre d’accords bilatéraux entre les deux puissances régionales.

L’Afrique du Sud et le Kenya viennent de franchir un nouveau cap dans leur relation bilatérale. À l’occasion de la visite d’État du président kényan William Ruto dans la capitale administrative sud-africaine, les deux chefs d’État ont présidé la signature de six accords destinés à renforcer la coopération dans des secteurs aussi variés que le commerce, le transport maritime, le développement des compétences, l’égalité des genres, les arts, la culture et le sport.

Ces protocoles d’accord interviennent alors que l’intégration africaine connaît un regain d’élan avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont les deux pays sont des promoteurs actifs. « Ces accords ne sont pas seulement bilatéraux. Ils sont un signal fort pour tout le continent : l’heure est à la coopération concrète et à la suppression des barrières », a déclaré Cyril Ramaphosa lors de la cérémonie de signature retransmise en direct.

Moins d’obstacles, plus d’échanges

Parmi les textes adoptés, l’un des plus attendus porte sur la normalisation, les réglementations techniques et l’évaluation de la conformité. En pratique, ce dispositif vise à harmoniser les normes industrielles et sanitaires entre les deux pays, afin de réduire les obstacles non tarifaires qui entravent encore trop souvent le commerce intra-africain. Les entreprises kényanes et sud-africaines devraient ainsi voir leur accès aux marchés respectifs facilité, tout en bénéficiant d’un cadre plus prévisible.

Un corridor maritime Est-Sud

L’autre pilier de ces accords concerne le secteur maritime. Pretoria et Nairobi ont convenu de renforcer les liaisons de transport entre l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, deux sous-régions dont les chaînes logistiques restent encore trop fragmentées. L’amélioration des corridors maritimes et portuaires est vue comme un levier essentiel pour fluidifier les échanges et soutenir concrètement la ZLECAf. Les deux parties espèrent que cette coopération permettra de désenclaver certains marchés intérieurs et de réduire les coûts de transport des marchandises.

Jeunesse, genre et culture au cœur du partenariat

Au-delà des enjeux économiques, les accords intègrent une forte dimension sociale. L’un d’eux vise à renforcer l’égalité des genres à travers des programmes communs et le partage de bonnes pratiques. Un autre porte sur l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP), secteur jugé prioritaire pour améliorer l’employabilité des jeunes – un défi commun aux deux pays où le chômage des moins de 35 ans reste préoccupant.

Les domaines des arts, de la culture et du sport n’ont pas été oubliés. Les deux gouvernements entendent promouvoir les échanges culturels, soutenir les industries créatives et développer des coopérations sportives. Un calendrier qui tombe à point nommé pour le Kenya, qui prépare activement la coorganisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2027 avec l’Ouganda et la Tanzanie. Nairobi espère ainsi bénéficier de l’expertise sud-africaine, forte de l’organisation réussie de la Coupe du monde de football 2010.

34 accords depuis 1994

Le président William Ruto a salué « une étape majeure » dans la relation entre les deux pays. « Ces six accords traduisent notre volonté commune de bâtir un partenariat plus ambitieux et résolument tourné vers les opportunités offertes par l’intégration continentale », a-t-il déclaré à l’issue de la rencontre.

Avec ces nouvelles signatures, le nombre total d’accords bilatéraux conclus entre l’Afrique du Sud et le Kenya atteint désormais 34, un chiffre qui illustre la consolidation progressive de leurs liens depuis le rétablissement des relations diplomatiques en 1994, au sortir de l’apartheid. Les deux nations entendent désormais passer à la vitesse supérieure : moins de protocoles d’intention, plus de projets opérationnels.

Les prochaines étapes devraient inclure des rencontres techniques pour chiffrer les investissements nécessaires, notamment dans les infrastructures portuaires et les programmes de formation. En attendant, Pretoria et Nairobi offrent un exemple de coopération Sud-Sud que d’autres capitales africaines pourraient être tentées de suivre.

Par Frédéric Konaté 

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