Monde: La CPI destitue son procureur Karim Khan pour « inconduite sexuelle grave »
Le parquet de la Cour pénale internationale traverse une crise sans précédent. Son chef, Karim Khan, a été démis de ses fonctions ce vendredi 24 juillet par les États parties, une première dans l’histoire de l’institution.
Les 125 États membres de la Cour pénale internationale (CPI) se sont prononcés lors d’une session extraordinaire au siège des Nations unies à New York. La résolution visant à destituer Karim Khan a été approuvée par 82 voix pour, 13 contre et 15 abstentions, dépassant largement la majorité absolue de 63 voix requise .
La présidente de l’Assemblée des États parties, Päivi Kaukoranta, a annoncé que le procureur avait commis une « violation grave de ses fonctions et une inconduite grave », en référence à une relation sexuelle inappropriée avec une collaboratrice subalterne .
Des accusations détaillées et une enquête approfondie
L’enquête, menée par l’Office des services de contrôle interne des Nations unies (OIOS), a généré plus de 5 000 pages de preuves et de témoignages entre novembre 2024 et décembre 2025 . La plaignante, une jeune juriste travaillant pour M. Khan identifiée sous le prénom de Sarah, a décrit des attouchements, des tentatives de baiser forcé et des pénétrations digitales et génitales subis entre mars 2023 et avril 2024 .
M. Khan, âgé de 56 ans, a constamment nié les faits et conteste la procédure. Son avocat, Tayab Ali, a qualifié la décision de « non étayée par des preuves » et a annoncé qu’il ferait appel . Le procureur déchu est également suspendu provisoirement du barreau britannique .
Une destitution aux multiples résonances politiques
Cette affaire d’inconduite sexuelle est inextricablement liée au contexte politique tendu entourant la CPI. Karim Khan s’était rendu célèbre en mai 2024 en demandant des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre présumés à Gaza .
Cette décision a provoqué de vives réactions, notamment des sanctions américaines à l’encontre de M. Khan et de plusieurs de ses collaborateurs, le rendant par ailleurs persona non grata sur le sol américain et l’empêchant d’assister au vote .
L’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Danny Danon, a salué cette destitution, accusant M. Khan d’avoir voulu utiliser une « chasse aux sorcières politique » contre Israël pour détourner l’attention des accusations . À l’inverse, des soutiens de l’ancien procureur estiment que ces accusations d’inconduite pourraient être instrumentalisées politiquement.
Quelles conséquences pour la CPI ?
La destitution de Karim Khan, qui était entré en fonction en 2021 pour un mandat de neuf ans, plonge l’institution dans une crise profonde. Elle survient alors que les États-Unis mènent une campagne pour « démanteler » la CPI .
Cependant, les enquêtes en cours, y compris celle sur la situation en Palestine et les mandats d’arrêt contre les dirigeants israéliens et du Hamas, restent valides. Seuls les juges de la CPI peuvent retirer ces mandats .
L’Assemblée des États parties devra désormais élire un nouveau procureur, un processus qui ne devrait pas aboutir avant l’année prochaine . La destitution de Karim Khan marque un tournant pour la Cour, confrontée à des défis internes et externes sans précédent depuis sa création.
Par Frédéric Konaté

