Monde: CPI : Mame Mandiaye Niang répond aux critiques et défend la coopération avec l’Afrique
Le procureur adjoint de la Cour pénale internationale (CPI), Mame Mandiaye Niang, a fermement rejeté les accusations d’acharnement contre l’Afrique, dans un entretien accordé à la BBC. Le magistrat sénégalais a tenu à rétablir certains faits sur la nature des relations entre l’institution et le continent.
Des enquêtes initiées par les États africains eux-mêmes
Contrairement à une idée largement répandue, Mame Mandiaye Niang souligne que l’intervention de la CPI en Afrique n’a pas toujours été imposée de l’extérieur. Il rappelle que dans plusieurs pays – notamment au Mali, en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo, en Ouganda et en Centrafrique – ce sont les autorités nationales qui ont elles-mêmes sollicité l’intervention de la Cour pour faire face à des crimes échappant à leurs capacités judiciaires.
Seules deux situations font figure d’exception : la Libye et le Soudan. Dans ces deux cas, c’est le Conseil de sécurité des Nations unies qui a saisi la CPI, et non les États concernés.
Une institution qui n’est pas étrangère à l’Afrique
Le procureur adjoint rejette également l’idée selon laquelle la CPI serait une institution étrangère au continent. Il rappelle que sur les 125 États parties au Statut de Rome, 33 sont africains, faisant du continent le groupe régional le plus représenté au sein de l’institution.
Cette prise de parole intervient alors que plusieurs gouvernements africains contestent l’action de la CPI, accusée d’ingérence et de partialité. Les pays de l’Alliance des États du Sahel ont notamment engagé leur retrait de la Cour, dénonçant une justice à deux vitesses.
Face à ces attaques, Mame Mandiaye Niang a rappelé le principe de complémentarité qui régit le fonctionnement de la CPI : la Cour n’intervient qu’en subsidiarité des justices nationales, lorsque l’État concerné ne veut pas ou n’est pas en mesure de mener véritablement les poursuites. Lorsqu’une justice nationale est opérationnelle, la CPI doit s’effacer.
Il a cité l’exemple de la Centrafrique, où la Cour coopère désormais avec la Cour pénale spéciale locale, avec un partage des dossiers pour éviter les doublons.
Si ces arguments rappellent le cadre juridique de la CPI, ils ne suffisent pas à dissiper toutes les interrogations. Les critiques portent aussi sur l’efficacité de la Cour, la lenteur des procédures et la perception d’une justice internationale qui frapperait davantage les Africains que d’autres régions du monde.
Néanmoins, l’intervention du procureur adjoint apporte une nuance nécessaire : les relations entre la CPI et l’Afrique ne se sont pas construites uniquement contre le continent, mais aussi avec lui et, dans plusieurs cas, à sa demande. Un rappel utile dans un débat souvent polarisé.
Par Cherif Keita

