Ukraine : Le procureur général démissionne après un scandale de corruption impliquant des centres d’appels frauduleux
Le procureur général ukrainien, Rouslan Kravtchenko, a présenté sa démission lundi soir, quelques jours après avoir été la cible de perquisitions dans le cadre d’une vaste enquête pour corruption. L’affaire, révélée par l’agence anticorruption ukrainienne (Nabu) et le parquet spécialisé, met au jour un réseau de blanchiment d’argent qui protégeait des centres d’appels frauduleux contre rançon .
Un système de protection organisé au cœur du parquet
Selon les enquêteurs, ce réseau « dirigé par un responsable du bureau du procureur général » recevait des pots-de-vin pour garantir l’impunité de centres d’appels impliqués dans des escroqueries téléphoniques. L’argent ainsi collecté servait à acquérir des biens immobiliers, des bijoux et d’autres objets de valeur, comme en témoignent des photographies diffusées par le Nabu montrant un coffre-fort rempli de liasses de dollars .
Les investigations, menées dans le cadre de l’opération « Carthage », ont permis d’identifier cinq membres de ce réseau, sans toutefois les nommer publiquement. Selon des sources du média ukrainien Ukrainska Pravda, jusqu’à 500 centres d’appels auraient bénéficié de cette protection, générant plus de 3 millions d’euros par mois .
L’affaire révèle l’ampleur d’un secteur qui emploie près de 60 000 personnes en Ukraine, soit l’équivalent des deux tiers des effectifs du secteur bancaire . Selon l’organisation Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), ces centres d’appels frauduleux peuvent générer jusqu’à un milliard de dollars de revenus par mois .
Dans sa lettre de démission, Rouslan Kravtchenko a rejeté les accusations, les qualifiant d’« infondées » et a déclaré ne pas vouloir que sa fonction soit « instrumentalisée à des fins politiques » . Il avait assuré dimanche que ses dépenses étaient réalisées « dans le respect de la législation en vigueur et des revenus déclarés » .
Considéré comme proche de la présidence, il avait été nommé à ce poste par Volodymyr Zelensky. Son départ fragilise un peu plus le chef de l’État, déjà ébranlé par plusieurs scandales récents, notamment le limogeage en août de Iryna Moudra, adjointe de son chef de cabinet, pour blanchiment d’argent .
Une épée de Damoclès pour l’adhésion à l’UE
Cette affaire survient alors que la lutte contre la corruption est une condition essentielle à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Chaque nouveau scandale nourrit les doutes sur la capacité de Kiev à réformer l’État, dans un contexte de guerre où la mobilisation des ressources et la transparence sont plus que jamais scrutées .
Selon la source d’information RFI, cette démission intervient également alors que la Russie a repris ses frappes contre Kiev, ajoutant une dimension supplémentaire à une crise politique qui fragilise l’exécutif ukrainien.
L’ancien procureur général, qui fait désormais l’objet d’une procédure judiciaire, pourrait faire l’objet de nouvelles investigations. La défense a annoncé qu’elle porterait l’affaire devant la Cour suprême, tandis que les avocats des parties civiles espèrent une réparation à la hauteur des préjudices subis par les victimes de ces escroqueries
Par Frédéric Konaté

