Afrique du Sud : Ramaphosa présente des excuses historiques devant le Parlement panafricain et appelle à une solidarité continentale sur l’immigration
Sous la pression croissante des opinions publiques et des gouvernements africains, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a franchi un pas inédit ce mardi en présentant, au nom de son peuple, des excuses solennelles aux pays du continent pour les tortures et violences infligées à leurs ressortissants sur le sol sud-africain.
Intervenant devant le Parlement panafricain réuni à Johannesburg, le chef de l’État a reconnu, avec une humilité rare, les dérives xénophobes qui ont émaillé l’histoire récente de son pays. « L’Afrique du Sud, qui doit sa liberté à la solidarité africaine, ne peut ignorer la douleur qu’elle a infligée à ses frères et sœurs du continent. Je présente, au nom de mon peuple, des excuses sincères à toutes les nations africaines pour les souffrances endurées par leurs citoyens sur notre terre », a-t-il déclaré sous les applaudissements mesurés de l’assemblée.
Au-delà de cette repentance, le président Ramaphosa a lancé un appel vibrant à la coopération continentale. « L’Afrique du Sud ne peut pas faire face seule au défi migratoire. C’est un problème qui dépasse nos frontières et qui nécessite une réponse collective », a-t-il martelé. Il a invité l’ensemble des pays africains à soutenir Pretoria dans la gestion des flux migratoires, en s’attaquant résolument aux causes profondes de ces mouvements de population : conflits armés, changements climatiques, pauvreté endémique et inégalités criantes.
Cette sortie présidentielle intervient alors que l’Afrique du Sud est régulièrement pointée du doigt pour des vagues de violences anti-étrangers, notamment en 2008, 2015 et 2021, qui ont coûté la vie à plusieurs dizaines de migrants africains. Ces dernières semaines, la pression diplomatique s’était intensifiée, plusieurs pays du Nigeria, du Malawi ou encore du Mozambique ayant dénoncé des traitements inhumains infligés à leurs ressortissants.
Pour les observateurs, ce discours marque un tournant dans la politique migratoire sud-africaine. En transformant une humiliation diplomatique en opportunité de leadership continental, Ramaphosa semble vouloir repositionner l’Afrique du Sud comme un partenaire responsable et solidaire, plutôt que comme un « gendarme » isolé de l’immigration.
Reste à savoir si les pays africains répondront à cet appel et si les excuses présentées suffiront à panser les plaies d’une relation souvent tumultueuse entre l’Afrique du Sud et le reste du continent. Une chose est sûre : le débat est désormais posé en des termes nouveaux, celui d’une responsabilité partagée face à un phénomène qui ne connaît pas de frontières.
Par Cherif Keita

