Nigeria : Six cheikhs enlevés par des bandits dans l’État de Zamfara après une prière pour Tinubu et l’APC, une rançon de 30 millions de nairas exigée

 

Les six imams ont été interceptés sur la route alors qu’ils se rendaient à une séance de prière spéciale organisée par le directeur de campagne de l’APC pour le sénateur Abdulaziz Yari. Les ravisseurs réclament 30 millions de nairas pour leur libération.

L’État de Zamfara, dans le nord-ouest du Nigeria, est à nouveau le théâtre d’un enlèvement visant des religieux. Six cheikhs ont été kidnappés par des bandits armés alors qu’ils se rendaient à une séance de prière politique. Les ravisseurs exigent désormais une rançon de 30 millions de nairas pour leur libération.

Selon des habitants et plusieurs sources concordantes, les six imams sont originaires de la zone de gouvernement local de Bakura. Parmi eux figurent le chef imam de la mosquée du vendredi de Dako, Malam Muhammadu Shehu, le imam adjoint Malam Murtala Dako, ainsi que les imams de Dogon Madachi, Hogon et Kwatsamam.

Les faits se sont produits le samedi 12 septembre, aux environs de 11 heures 30. Les imams se rendaient à Talata Mafara pour participer à une séance de prière spéciale organisée au domicile du sénateur Abdulaziz Yari. Ce dernier, ancien gouverneur de l’État de Zamfara, représente actuellement la zone sénatoriale ouest de Zamfara et occupe le poste de directeur de campagne de l’APC.

Cette séance de prière visait à soutenir la candidature du président Bola Tinubu pour 2027. Pas moins de 2 933 imams étaient attendus à cet événement.

Mais les cheikhs n’ont jamais atteint leur destination. Les bandits armés ont tendu une embuscade sur la route secondaire reliant Dako à Damri, interceptant leur véhicule et kidnappant les six religieux. Le porte-parole de l’armée, le lieutenant-colonel Olaniyi Osoba, a tenu à préciser que l’enlèvement s’est produit en cours de route, et non à l’intérieur de la résidence du sénateur Yari, comme certains médias l’avaient rapporté.

Négociations et libérations partielles

Selon Malam Muhammad Ibrahim, un habitant de Dako, huit personnes ont été enlevées au total : les six imams, un chauffeur et deux civils qui revenaient d’une ferme.

Les ravisseurs ont libéré certains otages après paiement. Les deux ouvriers agricoles ont été relâchés après avoir versé chacun 300 000 nairas et deux bidons d’essence de 25 litres. Le chauffeur, quant à lui, a retrouvé sa famille le jour même après que ses proches ont payé 2 millions de nairas.

Les six imams restent toutefois entre les mains de leurs ravisseurs. Ces derniers exigent 30 millions de nairas pour leur libération. Le fils de l’un des otages a confirmé ce montant, précisant que les familles s’efforçaient de réunir les fonds dans le délai imparti par les bandits.

Dans la localité, l’inquiétude est palpable. Un habitant a expliqué que les voyageurs empruntent désormais les routes secondaires en raison des attaques fréquentes sur les axes principaux, ce qui n’a pas empêché les bandits de connaître l’itinéraire des religieux.

« Si les bandits s’en prennent même aux érudits islamiques, qui donc est en sécurité ? », s’est interrogé Malam Hassan Mai-Fanta, un imam ayant participé à la même activité. Il a appelé le gouvernement à garantir la libération sans condition des cheikhs enlevés.

Des sources communautaires indiquent qu’un sénateur en exercice de l’État de Zamfara aurait promis de payer la rançon pour obtenir la libération des imams. L’état d’avancement des négociations reste toutefois incertain.

Le porte-parole de la police de l’État de Zamfara, Yazid Abubakar, a confirmé l’enlèvement. Il a indiqué que la police, en collaboration avec l’armée et d’autres agences de sécurité, avait lancé des opérations de recherche et de sauvetage dans les zones forestières environnantes.

L’armée a affirmé travailler avec les réseaux de renseignement locaux pour traquer les ravisseurs et libérer les otages. Les autorités appellent les habitants au calme et les invitent à fournir des informations fiables pour faciliter les opérations de sauvetage. Elles mettent en garde contre la diffusion d’informations non vérifiées susceptibles de compromettre les manœuvres en cours.

L’État de Zamfara et la région du nord-ouest du Nigeria sont en proie depuis plusieurs années à la violence de groupes armés, qualifiés localement de « bandits », dont les enlèvements contre rançon constituent la principale source de revenus. Selon un rapport du cabinet de conseil SBM Intelligence publié en août, les rançons versées au Nigeria au cours de l’année écoulée s’élèvent à près de 6 millions de dollars.

Par Issa Abdou 

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