Tchad : juriste le jour, diplomate à La Haye, écrivain la nuit : Djerane Djimadoum Honoré, la loi dans la tête, la plume au poing et le Tchad au cœur. Retour sur un parcours hors du commun.
Il y a des parcours qui se racontent comme on raconte un combat. Celui de Djerane Djimadoum Honoré en est un : trente-huit années d’existence, quatre identités assumées juriste, diplomate, journaliste, écrivain et une seule boussole, le service du Tchad. Rencontre avec un homme que rien ne prédestinait à cumuler tant de rôles, et qui pourtant les porte tous avec une aisance déconcertante.
Né le 3 septembre 1988 à N’Djamena, Djerane Djimadoum Honoré n’a pas attendu d’avoir un titre pour se construire. Il traverse d’abord le fleuve, direction le Cameroun, pour aller chercher le savoir là où il se trouvait. À l’Université de N’Gaoundéré, il décroche une licence en droit public et sciences politiques en 2011, puis une maîtrise en droit public en 2012. La loi devient son premier langage. Mais très vite, une évidence s’impose : la loi seule ne suffit pas à servir un pays. Il faut aussi savoir parler au monde.
L’ENA, le tournant d’une vie
Le destin de Djerane Djimadoum Honoré bascule à l’École Nationale d’Administration (ENA-Tchad), où il suit l’option Diplomatie de 2015 à 2018. C’est là que sa vocation prend forme. Le 29 novembre 2019, il franchit la porte du ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger. Il n’en ressortira plus et le ministère, lui, ne le lâchera plus.
Une ascension qui force le respect
En moins de sept ans, Djerane Djimadoum Honoré gravit les échelons à une vitesse qui ne doit rien au hasard. Chef de section des études juridiques et de la législation (2022-2024), il devient chef de division des accords, traités et entraide judiciaire en 2024, avant d’être appelé comme assistant du secrétaire général du ministère, de novembre 2024 à novembre 2025.
Son horizon, pourtant, ne s’arrête pas aux murs du ministère. Il représente le Tchad auprès de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), à La Haye, puis devient point focal auprès de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) en janvier 2025. Depuis juin 2026, il cumule deux fonctions stratégiques : chef de division de la formation et des études diplomatiques à l’Académie diplomatique, et secrétaire de séance de la Commission de passation des marchés publics du ministère.
La plume, cette seconde nature
Ce qui rend Djerane Djimadoum Honoré inclassable, c’est ce qu’il n’a jamais abandonné : le journalisme. Reporter au Citoyen (2013-2015), rédacteur en chef de Fest’Africa (2016-2018), du Haut-Parleur (2018-2019), puis de L’Opinion (2019), il a aussi coordonné la rédaction de La Voix des élèves de l’ENA (VENA).
Cette expérience du terrain, il ne l’a pas rangée dans un tiroir. Elle irrigue aujourd’hui sa rédaction administrative et diplomatique. On le retrouve rapporteur général à l’atelier de pré-validation du Programme national de désarmement-démobilisation-réintégration (avril 2026), ou rapporteur principal à l’atelier de validation de la Stratégie nationale de cohésion sociale 2024-2029 (décembre 2024). Partout, la même exigence : dire les choses avec justesse, et les écrire avec rigueur.
Le Tchad, porté loin
Son parcours est jalonné de missions qui portent loin la voix du Tchad : ateliers de l’Union africaine à Addis-Abeba sur la protection des civils dans les opérations de paix (2022, 2023), conférence régionale à Brazzaville sur le contrôle des produits chimiques toxiques (2023), séminaire à Wuhan en Chine sur les techniques de négociation (2024), réunion à Pretoria sur la mobilité humaine et le changement climatique (2025).
Il a également pris part à la mission intersectorielle de cadrage juridique Tchad-Cameroun dans le cadre du Programme frontière de la CEEAC (2021), et représenté le pays à Dakar sur la lutte contre les menaces émanant des acteurs non étatiques (2022). Autant de scènes où le Tchad n’est pas un figurant, mais un acteur.
L’écrivain qui ne se tait pas
En marge de ses fonctions, Djerane Djimadoum Honoré écrit. En 2014, il publie Les Méandres de la Justice tchadienne aux Éditions du CEFOD, dans la collection « Le Droit pour tous ». Son second ouvrage, La Diversion ou l’art de détourner l’esprit, est réédité en mars 2026 au Salon des Belles Lettres de N’Djamena. Deux livres, deux regards, une même conviction : la plume est une arme, et elle doit servir.
Un homme à contre-courant, une génération en marche
Juriste de formation, diplomate de métier, journaliste de cœur, écrivain par conviction : Djerane Djimadoum Honoré refuse de se laisser enfermer dans une seule identité. Il incarne cette génération de cadres tchadiens qui conjuguent rigueur administrative et liberté de plume, au moment où le pays entend peser davantage sur la scène internationale.
Son parcours pose une question à toute une jeunesse : et si l’on pouvait tout être à la fois ? Et si l’excellence n’était pas une case, mais un chemin ? Djerane Djimadoum Honoré, lui, a choisi de marcher. Et il n’a pas fini d’avancer.
Par Kenzo Brown

