Afrique du Sud : Ramaphosa rejette la stigmatisation des migrants et appelle à des solutions structurelles
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a fermement rejeté ce vendredi les discours visant à faire des migrants les boucs émissaires des maux du pays. À l’occasion de la Journée de la Jeunesse, le chef de l’État a rappelé que le chômage, la criminalité et les défaillances des services publics ne sauraient être résolus par la désignation des étrangers comme seuls responsables.
« Les problèmes de notre pays ne se résoudront pas en pointant du doigt ceux qui viennent d’ailleurs. Nous devons regarder les vraies causes et y apporter des réponses durables », a déclaré Cyril Ramaphosa, devant un parterre de jeunes rassemblés à Pretoria.
Cette prise de position intervient dans un climat de fortes tensions. Plusieurs mouvements citoyens, notamment sur les réseaux sociaux, réclament un durcissement de la politique migratoire et l’expulsion massive des immigrés en situation irrégulière . Une pression qui monte alors que le pays traverse une période économique difficile, marquée par une croissance atone et des inégalités persistantes.
Une jeunesse sacrifiée sur l’autel du chômage
Le président a consacré une large part de son discours à la situation préoccupante de la jeunesse sud-africaine. Avec un taux de chômage qui dépasse les 60 % chez les 15-24 ans, selon les dernières statistiques officielles, l’insertion professionnelle des jeunes est devenue une urgence nationale.
« Nous devons offrir à notre jeunesse des perspectives, des emplois, de la dignité. C’est la seule manière de construire un avenir pacifique et prospère pour notre nation », a insisté le chef de l’État.
Le gouvernement a réaffirmé sa volonté de renforcer les programmes d’insertion professionnelle et d’inciter le secteur privé à créer davantage d’opportunités pour les jeunes Sud-Africains qui arrivent chaque année sur le marché du travail .
Une montée des violences xénophobes
Les déclarations de Cyril Ramaphosa interviennent dans un contexte marqué par une recrudescence des actes hostiles à l’encontre des communautés étrangères. Ces dernières semaines, plusieurs ressortissants africains ont quitté le pays à la suite d’incidents et de violences signalés dans différentes villes sud-africaines.
Le président a reconnu que l’immigration clandestine constituait un défi réel pour les autorités. Mais il a martelé que les réponses répressives ne suffiraient pas à régler les problèmes structurels du pays . « Nous avons besoin de réformes profondes, de solutions durables, pas de boucs émissaires », a-t-il martelé.
Des opérations de rapatriement ont été organisées par plusieurs États africains afin d’assister leurs citoyens souhaitant regagner leur pays d’origine . Dans certaines zones urbaines, des migrants ont également trouvé refuge dans des centres temporaires mis en place pour leur sécurité.
Avec plus de trois millions de ressortissants étrangers vivant sur son territoire, l’Afrique du Sud reste confrontée à un débat sensible autour des questions migratoires . L’immigration, perçue par certains comme une menace pour l’emploi et les services publics, est régulièrement au cœur des tensions sociales.
Mais pour Cyril Ramaphosa, la solution ne réside ni dans le repli, ni dans la stigmatisation. Elle passe par des politiques économiques inclusives, une meilleure répartition des richesses et un investissement massif dans la formation et l’emploi des jeunes . Un message d’apaisement, à l’heure où le pays cherche à panser ses plaies et à se tourner vers l’avenir.
Par Issa Abdou

