Afrique : Tensions Nigeria-Afrique du Sud : Abuja met Pretoria en demeure après la mort de trois ressortissants
Les deux premières puissances économiques du continent africain sont au bord de la crise diplomatique. Le Nigeria exige des comptes et menace de représailles après la mort de trois de ses citoyens en Afrique du Sud.
Le Nigeria a adressé un ultimatum à l’Afrique du Sud ce week-end, exigeant des garanties immédiates pour la sécurité de ses ressortissants. Trois Nigérians ont perdu la vie dans des circonstances jugées « inacceptables » par Abuja, qui accuse ouvertement les autorités sud-africaines de négligence et de complicité.
Trois morts, une colère grandissante
Le drame s’est noué le 28 juin. Emeka Charles Iroegbu aurait succombé à un interrogatoire policier qualifié de « brutal » par les autorités nigérianes. Le même jour, Musa Yunana Joe, commerçant, a été abattu devant sa boutique à eMalahleni par des assaillants non identifiés. Un troisième ressortissant serait décédé dans des conditions impliquant des forces de l’ordre.
« Nous avons identifié les policiers mis en cause, mais aucune interpellation n’a eu lieu », dénonce Kimiebi Ebienfa, porte-parole du ministère nigérian des Affaires étrangères, qui évoque un « schéma inquiétant d’exécutions extrajudiciaires ».
Une ministre sud-africaine attise les tensions
Les propos de Khumbudzo Ntshavheni, ministre sud-africaine des Communications, ont envenimé la situation. Évoquant les Nigérians quittant le pays, elle a suggéré qu’ils devraient révéler « où ils ont caché leurs stocks de drogue » – des déclarations qualifiées de « discours de haine » par Abuja. Sur les indemnisations réclamées pour les biens abandonnés, elle a opposé une fin de non-recevoir : « Toute propriété acquise illégalement, nous ne la compenserons pas. »
Opération Dudula et climat anti-migrants
Cette crise s’inscrit dans un contexte de montée des campagnes contre l’immigration clandestine en Afrique du Sud. Des organisations comme Operation Dudula et March on March ont appelé à des manifestations, forçant près de 700 Nigérians à quitter le pays sur un total estimé à 25 000 migrants africains. Le Nigeria exige désormais que les organisateurs de ces mouvements « répondent de leurs appels à la violence ».
Un risque de répercussions économiques
Les relations diplomatiques entre les deux géants africains sont à leur point le plus bas depuis trente ans. La menace plane désormais sur les intérêts économiques sud-africains au Nigeria, où plus d’une centaine d’entreprises – MTN, Shoprite, Standard Bank – sont implantées. Abuja assure vouloir privilégier le dialogue, mais prévient : « Si la situation venait à s’aggraver, nous pourrions activer des mesures de réciprocité. »
Un précédent pour la coopération continentale
Cette passe d’armes survient alors que le Nigeria vient de nommer Femi Fani-Kayode comme haut-commissaire en Afrique du Sud. L’incapacité des deux nations à maintenir un partenariat cohérent « sape leur influence commune dans les agendas continentaux comme la ZLECAf », alertent des observateurs, qui voient dans cette crise un coup porté à l’unité africaine.
De son côté, la Commission africaine des droits de l’homme a exprimé sa « profonde alarme », rappelant à Pretoria ses obligations de protéger tous les individus sur son territoire. Le gouvernement sud-africain, qui rejette toute responsabilité, affirme que les ressortissants étrangers restent libres de vendre leurs biens légalement enregistrés – une réponse jugée insuffisante par Abuja, qui menace d’engager des actions judiciaires.
Par Rodrigue Izumo

