Soudan : le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ordonne une enquête urgente sur les atrocités présumées à El-Obeid

 

Réunis à Genève, les 47 États membres du Conseil des droits de l’homme des Nations unies ont adopté par consensus, ce lundi 6 juillet, une résolution ordonnant une enquête urgente sur les violations présumées des droits humains dans la ville d’El-Obeid, au Soudan. La résolution, présentée par le Royaume-Uni et une quinzaine d’autres pays, condamne fermement l’escalade de la violence des Forces de soutien rapide (FSR) dans cette ville stratégique du Kordofan du Nord.

Les craintes d’atrocités de grande ampleur sont au cœur de cette décision. Le Conseil s’inquiète tout particulièrement des risques de massacres, de violences sexuelles liées au conflit, ainsi que du recrutement forcé d’enfants par les groupes armés. Les attaques visant les civils et les infrastructures essentielles, notamment plusieurs frappes de drones contre des hôpitaux et des établissements de santé, sont également dénoncées .

Une situation « catastrophique » aux portes de la ville

El-Obeid, qui compte environ 500 000 habitants et accueille près de 100 000 personnes déplacées par la guerre, est assiégée par les FSR depuis plusieurs semaines . Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a averti vendredi dernier qu’une « catastrophe » se déroulait aux abords de la ville, son bureau ayant documenté des exécutions sommaires, des enlèvements, des tortures et des violences sexuelles dans la région environnante .

Les Nations unies et plusieurs États membres ont établi un parallèle saisissant avec la prise d’El-Fasher, au Darfour du Nord, en 2025, où les FSR sont accusées d’avoir commis des crimes de guerre et des actes génocidaires ayant fait au moins 6 000 morts . L’ambassadrice britannique pour les droits de l’homme, Eleanor Sanders, a martelé devant le Conseil : « Ces horreurs ne doivent pas se reproduire » .

Une résolution adoptée malgré les réserves de Khartoum

La motion a été adoptée par consensus, bien que la Chine se soit dissociée de la décision, affirmant ne pas soutenir les enquêtes visant des pays sans leur accord . Le Soudan, bien qu’ayant accueilli favorablement certains aspects de la résolution, a exprimé son « rejet catégorique de tous les paragraphes relatifs au mandat de la mission d’établissement des faits » .

La résolution charge la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan de mener une enquête sur les possibles violations du droit international humanitaire et les crimes présumés commis à El-Obeid. Les enquêteurs devraient présenter leurs conclusions au Conseil et à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre prochain .

Au-delà de l’enquête, le Conseil appelle toutes les parties au conflit à instaurer un cessez-le-feu immédiat, à faciliter un accès humanitaire rapide et sans entrave aux populations, et à engager un processus politique inclusif pour rétablir durablement la paix . L’ONU réaffirme qu’aucune solution militaire ne permettra de mettre fin à ce conflit qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts et déplacé près de 13 millions de personnes depuis avril 2023 .

Des organisations de défense des droits humains, comme DefendDefenders, estiment toutefois que le Conseil « n’a pas saisi pleinement l’occasion » en ne nommant pas explicitement les acteurs accusés d’alimenter le conflit .

La situation à El-Obeid reste critique. Le temps presse pour les 500 000 civils pris au piège, qui attendent que la communauté internationale transforme ses paroles en actes concrets pour empêcher une nouvelle tragédie.

Par Issa Abdou 

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