Cameroun : « Je suis prêt » sur les véhicules, le pari risqué d’Issa Tchiroma Bakary?

Un message simple, devenu viral, s’affiche désormais sur de nombreux véhicules au Cameroun : « Je suis prêt ». Quelques jours après un live TikTok de l’opposant Issa Tchiroma Bakary, qui avait conditionné son retour au pays à l’apparition de cette mention sur les engins roulants, le phénomène prend une ampleur inattendue dans plusieurs villes du pays.

L’ancien ministre, devenu figure de l’opposition après sa rupture avec le régime en place, avait lancé un défi depuis l’exil : il rentrerait au Cameroun le jour où les citoyens écriraient sur leurs véhicules qu’ils sont « prêts ». Une déclaration qui avait alors été interprétée par certains comme une boutade ou une métaphore politique, mais qui semble aujourd’hui prendre une tournure concrète.

Un défi lancé après la réélection du président

Ce mouvement intervient dans un contexte politique particulier. Lors des dernières élections présidentielles, le président sortant a été réélu pour un nouveau mandat, une victoire contestée par une partie de l’opposition. Issa Tchiroma Bakary, qui n’était pas lui-même candidat, fait partie de celles et ceux qui ont dénoncé les conditions du scrutin, appelant à une alternance et à un sursaut citoyen.

En lançant son défi du « Je suis prêt », l’opposant entendait tester la mobilisation populaire et mesurer le degré de mécontentement ou d’attente des Camerounais. Pour lui, l’inscription de ce message sur les véhicules symboliserait une forme de contrat moral entre la population et lui-même, gage d’un éventuel retour pour porter une dynamique de changement.

Le phénomène prend de l’ampleur

Force est de constater que le pari est en train d’être relevé. À Douala, Yaoundé, Garoua et même dans des villes secondaires, de plus en plus de voitures, de taxis et de camionnettes arborent fièrement la mention « Je suis prêt » – parfois accompagnée d’un « Nous sommes prêts » – sur les pare-brise, les portières ou les vitres arrière.

Sur les réseaux sociaux, les images circulent massivement. Ce mouvement populaire, à la fois spontané et relayé par des soutiens de l’opposant, a relancé les spéculations quant à un éventuel retour d’Issa Tchiroma Bakary. L’intéressé lui-même aurait indiqué, selon des sources proches du dossier, que ce retour pourrait intervenir dans les prochaines 48 heures, sans toutefois fournir de précisions sur les modalités pratiques.

Un bras de fer politique à distance

Pour ses partisans, ce mouvement exprime une forme d’attente et de soutien à une alternative politique face au président réélu. « Les Camerounais sont prêts pour le changement », résume un militant croisé à Douala. Pour ses détracteurs, il s’agirait d’une opération de communication habilement orchestrée pour maintenir la pression sur les autorités issues du scrutin.

Interrogés dans la rue, plusieurs conducteurs affichent des avis partagés. L’un d’eux confie : « J’ai écrit « Je suis prêt » parce que je veux voir ce qu’il va se passer. C’est devenu un jeu, mais au fond, les gens sont fatigués du système. » Un autre, plus prudent, estime que « c’est une mode qui passera, comme beaucoup d’autres, et que l’opposition ferait mieux de proposer un projet sérieux ».

Silence des autorités

À ce stade, les autorités camerounaises issues du scrutin présidentiel n’ont pas officiellement réagi à ce phénomène. Aucune consigne particulière n’a été donnée concernant l’affichage de messages politiques ou sociaux sur les véhicules, dans la limite des règles de sécurité routière.

Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre sous Paul Biya avant de basculer dans l’opposition, a quitté le Cameroun il y a plusieurs mois. Ses prises de parole régulières sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, lui ont conservé une audience notable, en particulier chez les jeunes Camerounais en quête d’alternatives.

Reste à savoir si le pari sera tenu. Si la mention « Je suis prêt » continue de se multiplier sur les routes camerounaises, l’opposant pourrait être contraint, sous la pression de son propre défi, d’annoncer une date précise pour son retour. En attendant, les regards sont tournés vers les prochaines heures – et les prochains véhicules croisés dans les artères de Yaoundé et de Douala.

Par Georges Domo 

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