Cameroun : scandale au supermarché Sino Mart,  un employé flagellé, des patrons chinois arrêtés

 

L’opinion camerounaise est sous le choc après la diffusion d’une vidéo montrant un employé se faire fouetter dans un commerce chinois à Yaoundé. La gendarmerie a interpellé le PDG et plusieurs ressortissants étrangers.

Les images font le tour de la toile et suscitent une colère froide. Ce week-end, une vidéo filmée à l’intérieur du supermarché Sino Mart, situé au marché d’Elig-Edzoa à Yaoundé, a mis le feu aux poudres. On y voit un employé camerounais, Ombe Boya Arnaud LaPatience, recevoir des coups de fouet sous les yeux de ses patrons chinois, pendant qu’un militaire en tenue exécute la punition.

L’onde de choc est immédiate. Partagée massivement sur Facebook, WhatsApp et Threads, la scène réveille un traumatisme historique : la chicotte coloniale, symbole de l’humiliation infligée par les puissances occupantes.

Fouet, militaire et sentiment d’impunité

Ce qui rend l’affaire particulièrement grave, c’est l’enchaînement des responsabilités. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’ordre ou la tolérance viendrait de la direction chinoise de l’établissement. Le bras armé ? Un militaire camerounais, pourtant en service de garde, qui frappe un compatriote. Un interprète local, Lizina Tairama Justin (vêtu de rouge sur les images), facilite et assiste l’opération.

« C’est la protection militaire systématique accordée aux Chinois qui leur donne ce sentiment de pouvoir tout se permettre », a dénoncé l’influenceur Steve Fah, dont l’analyse a été largement relayée. Il rappelle avoir déjà été empêché d’enquêter sur des sites aurifères chinois à l’Est, gardés par des militaires en civil. « Aucun Chinois n’ira réellement en prison, ils seront récupérés ou renvoyés chez eux », prédit-il, sceptique sur la portée réelle des arrestations.

La gendarmerie réagit en moins de 24 heures

Devant la pression populaire, les autorités n’ont pas traîné. Le 2 mai 2026, aux alentours de 18 heures, le Groupement de Gendarmerie Territoriale de Yaoundé 1 investit le supermarché. Bilan :

· Yan Min, PDG chinois du Sino Mart (né le 19 juin 1997), est interpellé.
· Lizina Tairama Justin, l’interprète camerounais, est arrêté.
· Trois autres ressortissants chinois, identifiés comme ayant filmé la scène, sont également appréhendés.

Le militaire auteur des coups, qui appartient à la Brigade de Quartier Général, est en cours d’identification. Le Ministère de la Défense a été saisi.

Les suspects sont poursuivis pour traitements inhumains et dégradants, une qualification pénale prévue par le droit camerounais et prohibée par l’article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Une affaire qui en cache d’autres

Au-delà de l’émotion, ce scandale met en lumière trois dérives structurelles que le Cameroun ne peut plus ignorer :

1. Les conditions de travail dans les commerces chinois : horaires abusifs, rémunérations au minimum, et ici, châtiment corporel. L’Inspection du travail doit sortir de sa torpeur.
2. La privatisation de la force publique : comment un militaire en tenue peut-il servir de garde privée et se faire complice d’une séance de flagellation ?
3. Le coût caché du partenariat sino-camerounais : les milliards d’investissements ne sauraient masquer indéfiniment un sentiment croissant d’humiliation nationale.

La victime, Ombe Boya Arnaud LaPatience, a été jointe par les enquêteurs. L’enquête suit son cours. Mais une question demeure, martelée sur les réseaux sociaux : Comment, en 2026, un ressortissant chinois a-t-il pu croire qu’il avait le droit d’humilier des Camerounais chez eux ?

La réponse judiciaire, attendue dans les prochains jours, sera décisive.

Par Georges Domo

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