Bénin: « Il nous faut des Ibrahim Traoré au Bénin » : un agronome risque un an de prison pour une publication sur Facebook
Un jeune agronome béninois est au cœur d’une affaire judiciaire qui relance le débat sur la liberté d’expression en ligne. Le tribunal spécial de Cotonou a examiné, le 30 avril 2026, son dossier après une publication sur les réseaux sociaux jugée controversée par les autorités..
À l’origine des poursuites, un message publié sur sa page Facebook dans lequel il écrivait : « Il nous faut des Ibrahim Traoré au Bénin ». Une déclaration rapidement signalée au Centre national d’investigations numériques, entraînant son arrestation, sa garde à vue puis son placement en détention préventive.
Le prévenu est poursuivi devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) pour harcèlement par voie électronique et incitation à la violence, des infractions prévues par le code du numérique en vigueur depuis 2018.
Lors de l’audience, le ministère public a requis une peine de 12 mois de prison ferme assortie d’une amende de 5 millions de francs CFA. Le procureur considère que cette publication pourrait porter atteinte à l’ordre public, en référence au contexte politique régional.
La défense a, quant à elle, plaidé la relaxe, estimant qu’il s’agit d’une opinion personnelle ne constituant en aucun cas un appel à la violence. Les avocats dénoncent une interprétation excessive des faits et invoquent le respect de la liberté d’expression.
Figure marquante de la scène politique ouest-africaine, Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir au Burkina Faso en 2022, suscite des réactions contrastées. Pour certains, il symbolise une volonté de rupture et de souveraineté ; pour d’autres, son image reste associée à des dynamiques politiques sensibles.
Cette affaire intervient dans un contexte de renforcement du contrôle des contenus numériques au Bénin, où plusieurs citoyens ont déjà été poursuivis pour leurs publications en ligne.
Le verdict est attendu en juin 2026. En attendant, le jeune agronome reste en détention, dans un dossier qui illustre la frontière de plus en plus délicate entre expression individuelle et infraction pénale sur les réseaux sociaux.
Par Francis Kaboré

