CEDEAO : la libération des détenus politiques, condition sine qua non d’un retour à l’ordre constitutionnel en Guinée-Bissau
Réunis en sommet extraordinaire, les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont adressé un appel ferme aux autorités de transition de Guinée-Bissau, exigeant la libération sans condition de toutes les figures de l’opposition encore détenues. Selon l’organisation sous-régionale, un retour durable à l’ordre constitutionnel passe impérativement par le respect des libertés fondamentales et l’instauration d’un dialogue politique inclusif.
Cette déclaration intervient alors que le pays est plongé dans une crise politique profonde depuis le coup d’État militaire du 26 novembre 2025, qui a interrompu le processus électoral en cours . La junte, dirigée par le général Horta N’Tam, a depuis installé un Conseil national de transition et annoncé un calendrier pour un retour à la normale, prévoyant notamment un référendum constitutionnel le 30 août 2026, suivi d’élections législatives le 6 décembre 2026 .
La CEDEAO a pris acte des récentes libérations de certains détenus mais a estimé que ces mesures restent insuffisantes pour ouvrir la voie à une véritable décrispation politique. L’organisation considère qu’aucune élection crédible ne pourra être organisée sans la participation de l’ensemble des acteurs politiques, et appelle les autorités à garantir les droits fondamentaux et à favoriser un climat de confiance .
Plusieurs figures de l’opposition demeurent emprisonnées ou en exil, parmi lesquelles Domingos Simões Pereira, président du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), dont la candidature à la présidentielle avait été invalidée en septembre 2025 . Son allié, Fernando Dias da Costa, principal rival du président sortant Umaro Sissoco Embaló lors du scrutin interrompu de novembre, est toujours réfugié à l’ambassade du Nigeria à Bissau .
La situation est d’autant plus complexe que la junte a récemment modifié la Constitution, transformant le régime parlementaire en régime présidentiel, ce qui soulève des interrogations sur la légalité de cette révision et la sincérité du processus électoral à venir .
Des missions de médiation de la CEDEAO, menées notamment par le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, président en exercice de l’organisation, et son homologue sénégalais Bassirou Diomaye Faye, poursuivent leurs échanges avec les différentes parties afin de trouver une issue à la crise qui perdure depuis plus de huit mois .
Par Jérôme Wailifu

