France : Asile refusé pour le lanceur d’alerte centrafricain Ephrem Yalike-Ngonzo : la France envoie-t-elle un signal dangereux ?

 

Le journaliste centrafricain qui a contribué à révéler les rouages de la propagande russe en Afrique s’est vu refuser l’asile en France, malgré une intervention personnelle d’Emmanuel Macron pour son exfiltration en 2024. Un recours a été déposé.

Ephrem Yalike-Ngonzo pensait avoir trouvé la sécurité en posant le pied à Paris en juin 2024. Mais son avenir s’est assombri : l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a rejeté sa demande d’asile, une décision notifiée le 20 mars 2026 et rendue publique début juillet .

L’homme de 29 ans n’est pas un demandeur d’asile ordinaire. Ancien agent de la machine propagandiste du groupe Wagner en République centrafricaine entre 2019 et 2022, il est devenu lanceur d’alerte en collaborant avec le consortium Forbidden Stories. Son témoignage, publié en novembre 2024, a offert un accès sans précédent aux rouages d’un système mêlant désinformation, corruption et intimidation .

Une décision contradictoire avec les engagements français

La Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), qui a accompagné son exfiltration, dénonce un « abandon » et un « rétropédalage inexplicable » . Jimmy Kande, directeur exécutif de l’organisation, estime que « l’administration française rend une décision parfaitement incompréhensible qui laisse M. Yalike-Ngonzo sans aucune protection face au risque de représailles graves » .

Ce paradoxe est d’autant plus frappant que l’Ofpra reconnaît elle-même, dans sa décision, « que la publication de son témoignage […] l’expose à un risque de représailles » et que « la répression s’abat sur les voix dissidentes en Centrafrique avec le concours des groupes de sécurité russes » . L’office donne foi à ses craintes en cas de retour, tout en refusant la protection.

Le journaliste avait pourtant été accueilli en France avec sa famille après une « intervention personnelle » du président Emmanuel Macron . Son périple avait été chaotique : arrêté à l’aéroport de Bangui en février 2024 alors qu’il tentait de rejoindre la France, accusé de trahison, il avait vu ses papiers confisqués . Après un passage dans la clandestinité, il avait traversé l’Oubangui à la barque pour gagner la République démocratique du Congo, avant d’être exfiltré grâce à un laissez-passer délivré par l’Élysée .

Une fois en France, il a collaboré avec les autorités françaises et participé à l’enquête internationale « Propaganda Machine » de Forbidden Stories. Ses révélations, relayées par plus de 200 médias, ont abouti à des sanctions européennes contre son ancien patron, Mikhaïl Prudnikov .

Un recours comme ultime espoir

Un recours a été déposé le 9 juillet devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), une procédure suspensive qui empêche toute expulsion immédiate . Henri Thulliez, avocat de PPLAAF, a également adressé un recours gracieux à l’administration .

« L’engagement de la France contre la désinformation en Afrique perd de sa crédibilité si elle ne protège pas ceux qui contribuent à en révéler les mécanismes », estime-t-il . Pour les observateurs, ce refus pourrait dissuader d’autres sources potentielles de collaborer avec des médias occidentaux, alors même que la Russie intensifie sa communication offensive sur le continent .

En attendant la décision de la CNDA, Ephrem Yalike-Ngonzo reste dans une situation de grande vulnérabilité. « Si la France refuse de reconsidérer sa décision, il sera contraint de retourner en Centrafrique où sa vie est en danger », alerte PPLAAF .

 

Par Jérôme Wailifu 

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