France : Grande Rue des Stuarts : un site « Patrimoine de la diplomatie » pour la baie du Mont-Saint-Michel ?
Lancé le 5 juin 2026 par Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, le projet « Patrimoine de la diplomatie » et son label éponyme visent à mettre en lumière les lieux de mémoire et d’Histoire diplomatiques en France. Le premier lieu labellisé est la bibliothèque Choiseul à Versailles, premier hôtel des Affaires étrangères et de la Marine.
Une proposition d’inscription de la Grande Rue des Stuarts à ce label a été soumise le 22 avril 2026 à un comité scientifique. Un prochain grand rendez-vous est d’ores et déjà prévu pour le 18 septembre 2026 à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. A la suite de la présidence française du G7, le label « Patrimoine de la diplomatie » vise désormais à distinguer sur l’ensemble du territoire national des sites remarquables ayant été le cadre d’événements diplomatiques au cours de l’histoire. Parmi ces sites, le château de Chambord, l’une des résidences préférées de François 1er, vit sa rencontre avec l’empereur Charles Quint (1539).
Ministre des choses de la mer de François 1er, Philippe Chabot (1492 -1543) fut un mécène de la Renaissance qui finança les expéditions de Jacques Cartier à la découverte du Canada. Son grand rival n’était autre que l’amiral de l’empereur Charles Quint, le Génois Andrea Doria (1466-1560) qui dirigea la flotte impériale. Un autre commandant naval majeur fut Hugo de Moncada, vice-roi de Sicile, qui dirigea des expéditions en Méditerranée contre les Ottomans. En 1530, l’empereur Charles Quint céda l’archipel de Malte à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, expulsé de Rhodes. Les chevaliers devinrent les « Chevaliers de Malte », transformant l’île en un bastion stratégique appuyé par des orfèvres et horlogers maltais.
A cette époque, le métier d’orloger sans H était destiné au réglage des canons (le dernier argument des rois – Ultima ratio regum en latin). Ce métier remonte véritablement à cette époque impériale où Charles Quint – pour sa guerre contre François Ier – va recruter dans toute l’Europe ces fameux « orlogeurs ». Des horlogers maîtrisant la gravure des platines en laiton ont pu être chargés de la fabrication d’instruments de pointage ou de calcul, comme les équerres à fil à plomb, ou les compas de proportion « de Galilée » permettant toute sorte de calculs et qui comportaient souvent des échelles destinées à un usage en artillerie.
Villedieu les Poêles, aux portes de la baie du Mont Saint Michel, maintient neuf siècles de tradition de service dévoué et d’engagement sur les traces de l’Ordre souverain de Malte, également connu sous le nom de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte.
A la confluence d’échanges culturels, horlogers et diplomatiques des deux côtés de la Manche, la Grande Rue des Stuarts mériterait d’être reconnue comme site remarquable pour l’histoire de la diplomatie. Ce site est situé à Dol-de-Bretagne en baie du Mont-Saint-Michel.
Les Stuarts ont donné leur nom à une dynastie de souverains qui régnèrent sur l’Écosse entre 1371 et 1714 ainsi que sur l’Angleterre, l’Irlande et le Pays de Galles de 1603 à 1714. Le fondateur de cette maison, Walter, était l’arrière-petit-fils d’Alain Dapifer, sénéchal de Dol, noble breton et combattant à la bataille d’Hastings (1066). Walter Fitzalan (nom anglicisé de Fils-Alain ou Fitz-Alain), sert le roi David ler d’Écosse (1124-1153) puis devient grand sénéchal royal (Stewart of Scotland: doyen et chef des serviteurs au service du roi). À sa mort, en 1177, le titre de Stewart passe de père en fils et peu à peu devient un nom de famille qui est francisé en Stuart.
Cette famille donnera quinze souverains dont la reine Marie (1542-1587) qui eut un destin tragique et, à partir de 1603, huit Stuarts régneront sur l’Angleterre. En souvenir et en honneur du sénéchal dolois et des origines de la famille des Stuarts, la Grande Rue a reçu, le 10 septembre 1967, la dénomination de Grande Rue des Stuarts.
Après le Traité des Pyrénées (1660) scellant l’union entre Louis XIV et l’Infante d’Espagne; le Roi Soleil aida activement son cousin Jacques II Stuart à reconquérir son trône, à la suite de la Glorieuse Révolution. Cette politique jacobite (soutien aux Stuarts) visait à affaiblir Guillaume d’Orange, le nouveau roi protestant d’Angleterre.
Le sceau de François II et Marie Stuart, parfois appelé “le sceau des rois de France et d’Écosse”, est un sceau utilisé durant le court règne de François II, roi de France, et de son épouse Marie Stuart. Ce sceau est célèbre car il combine les armoiries de la France et de l’Écosse, symbolisant leur union et la revendication du trône d’Angleterre.
Le Louvre en conserve une empreinte dans son Département des Objets d’art du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes, tout comme l’Atelier de Moulage de la Réunion des Musées nationaux (au Grand Palais à Paris), ainsi que le Musée des antiquités Saint-Jean de la ville d’Angers.
Par Kevin LOGNONÉ

