Afrique : Le pape Léon XIV achève sa tournée africaine en Guinée équatoriale : « Ne laissez pas les tyrans piller votre avenir »
18 vols, 8 messes, 4 pays, 11 jours sous la chaleur tropicale. Le souverain pontife américain a bouclé ce jeudi son premier grand voyage international par une messe en plein air à Malabo. Un périple marqué par des prises de parole sans filtre contre la corruption, les inégalités et l’exploitation des ressources africaines.
Dernière étape : la Guinée équatoriale
C’est sous un soleil de plomb que Léon XIV a célébré sa dernière messe africaine, ce jeudi, en Guinée équatoriale. Devant une foule compacte et recueillie, le pape américain a clos onze jours d’une tournée historique qui l’a mené de l’Algérie au Cameroun, puis à l’Angola, avant cette ultime halte.
Au total : dix-huit vols, huit messes, des discours en plusieurs langues, des rencontres diplomatiques, des cérémonies traditionnelles et d’innombrables bains de foule. Un agenda épuisant mais assumé pour le chef de l’Église catholique, visiblement habité par ce premier grand déplacement international de son pontificat.
Un message social sans concession
Pays après pays, Léon XIV n’a pas ménagé ses mots. Son fil conducteur ? Un appel répété à la justice sociale, à la paix et au respect de la dignité humaine. Mais c’est peut-être sur le terrain économique que ses paroles ont été les plus tranchées.
Dès l’Algérie, il a mis en garde contre les dérives d’un système qui enrichit quelques-uns au détriment de tous. Au Cameroun, il a dénoncé « l’exploitation injuste des ressources naturelles ». En Angola, il a fustigé la corruption. Et en Guinée équatoriale, il a livré sa formule la plus forte :
« Ne laissez pas les tyrans piller votre avenir. La terre que vous habitez ne vous a pas été donnée pour qu’on la vole à vos enfants. »
Un message politique direct, là où beaucoup d’observateurs attendaient un discours plus consensuel.
« Tyrans » : un mot qui fait mouche
L’utilisation du mot « tyrans » n’est pas passée inaperçue. Dans une région où plusieurs régimes sont régulièrement accusés de verrouiller le pouvoir et de contrôler les richesses nationales, le choix lexical du pape américien a été interprété comme une prise de risque assumée.
Interrogé sous couvert d’anonymat, un diplomate européen présent à Malabo confie : « On n’avait pas entendu un chef d’État ou une personnalité internationale employer ce terme depuis longtemps. Léon XIV ne se contente pas de prières : il nomme les maux. »
Les réactions officielles, pour l’instant, sont restées mesurées. Mais dans les allées du pouvoir équatoguinéen, l’expression a fait grincer quelques dents.
L’homme derrière la soutane blanche
Ce voyage a aussi permis de mieux cerner la personnalité de Léon XIV. Premier pape américain de l’histoire, il n’a pas la langue de bois diplomatique de certains de ses prédécesseurs. Il parle fort, clairement, et n’hésite pas à improviser des apartés en anglais ou en espagnol, bousculant parfois le protocole.
Ses bains de foule, nombreux, ont été l’occasion de le voir toucher des malades, bénir des enfants, et même sourire devant des danses traditionnelles. Sur le terrain, il apparaît moins distant que ses prédécesseurs européens. Plus proche, disent certains fidèles.
« Il nous regarde dans les yeux », témoigne une paroissienne camerounaise rencontrée à Douala. « On sent qu’il n’est pas là par devoir, mais par conviction. »
Un voyage sous le signe de la « periphérie »
Léon XIV a choisi l’Afrique pour son premier grand voyage. Un signe fort. Dans son discours d’ouverture à Alger, il avait rappelé que « l’Église ne peut plus être pensée uniquement depuis Rome ». Pour lui, l’avenir du catholicisme se joue aussi, et peut-être surtout, dans les périphéries du monde.
Les quatre pays visités – Algérie, Cameroun, Angola, Guinée équatoriale – ne sont pas les plus attendus d’un voyage papal traditionnel. Là encore, le pontife a bousculé les habitudes.
Selon le Vatican, ce choix répond à une logique précise : aller là où la foi est vivante mais où la liberté est parfois fragile. Là où l’Église peut jouer un rôle de médiation sociale.
Ce jeudi soir, Léon XIV a regagné son vol vers Rome. Fatigué mais satisfait, selon un proche. À son retour, il devrait entamer une période de repos relatif avant de préparer ses prochaines échéances, dont une possible visite en Asie à la fin de l’année.
Mais son voyage africain, lui, ne s’éteindra pas avec les projecteurs. Dans les paroisses d’Alger, de Yaoundé, de Luanda et de Malabo, ses paroles continueront de résonner. Et ses appels à chasser les « tyrans » des affaires du continent, peut-être, aussi.
Par Frédéric Konaté

