France : la ministre de la Culture saisie d’une question écrite sénatoriale au sujet de l’extension de l’inscription UNESCO des savoir-faire horlogers à un périmètre transmanche

 

L’extension de l’inscription UNESCO des savoir-faire horlogers à l’arc transmanche est le fruit d’un plaidoyer parlementaire mené au Sénat par la sénatrice de la Manche, Béatrice Gosselin. Une intervention, à fois judicieuse et très pragmatique, qui peut à l’avenir encourager de nouveaux vecteurs culturels de connaissance et de transferts d’innovation.

Ce plaidoyer horloger vise également à faire mieux reconnaître la place des femmes dans l’histoire des sciences, à l’instar du télescope astrographique Annie Maunder (AMAT) qui porte le nom d’Annie Maunder, astronome, astrophotographe et vulgarisatrice scientifique pionnière. Sa mémoire honore le pavillon Altazimuth à l’Observatoire royal de Greenwich, à Londres en Angleterre. Le terme Altazimuth est la contraction d’altitude et d’azimut. Ce type de monture permet à un instrument de se déplacer en altitude (de haut en bas, mesuré en degrés de 0° à l’horizontale à 90° lorsque l’instrument pointe vers le haut) et en azimut (de gauche à droite, mesuré en degrés de 0° au nord, en tournant dans le sens horaire à 90° est, 180° sud, 270° ouest et retour à 0° nord). Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, la navigation en haute mer sans repères était périlleuse. La longitude imposait de connaître l’heure réelle précise. C’est pourquoi les premières horloges (chronomètres de marine) sur un navire furent une révolution.

A l’échelle de l’arc horloger transmanche, plusieurs horlogères de renom sont tombées dans l’oubli : Anne-Marie Dolon, Marie Mélanie Jouet, Emilienne Gallerand… Il existe par ailleurs un patrimoine horloger très riche issu des îles Anglo-Normandes, entre la France et le Royaume-Uni.

A la suite de la présidence française du G7, « Patrimoine de la diplomatie » vise à distinguer sur l’ensemble du territoire national des sites remarquables ayant été le cadre d’événements diplomatiques au cours de l’histoire. Parmi ces sites, le château de Chambord, l’une des résidences préférées de François 1er, vit sa rencontre avec l’empereur Charles Quint (1539).

Ministre des choses de la mer de François 1er, Philippe Chabot (1492 -1543) fut un mécène de la Renaissance qui finança les expéditions de Jacques Cartier à la découverte du Canada. Son grand rival n’était autre que l’amiral de l’empereur Charles Quint, le Génois Andrea Doria (1466-1560) qui a dirigé la flotte impériale. Un autre commandant naval majeur fut Hugo de Moncada, vice-roi de Sicile, qui a dirigé des expéditions contre les Ottomans. En 1530, l’empereur Charles Quint céda l’archipel de Malte à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, expulsé de Rhodes. Les chevaliers devinrent les « Chevaliers de Malte », transformant l’île en un bastion stratégique appuyé par des orfèvres et horlogers maltais.

A cette époque, le métier d’orloger sans H était destiné au réglage des canons (le dernier argument des rois – Ultima ratio regum en latin). Ce métier remonte véritablement à cette époque impériale où de Charles Quint -pour sa guerre contre François Ier- va recruter ces fameux « orlogeurs ». Des horlogers maîtrisant la gravure des platines en laiton ont pu être chargés de la fabrication d’instruments de pointage ou de calcul, comme les équerres à fil à plomb, ou les compas de proportion « de Galilée » permettant toute sorte de calculs et qui comportaient souvent des échelles destinées à un usage en artillerie.

Dans la Manche, Villedieu les Poêles, aux portes de la baie du Mont Saint Michel, maintient neuf siècles de tradition de service dévoué et d’engagement sur les traces de l’Ordre souverain de Malte, également connu sous le nom de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte.

L’arc horloger transmanche représente bel et bien un « Quai des futurs » pour imaginer le passage de l’héritage culturel ancien aux inventions et progrès collectif du temps. Une transformation d’un périmètre transmanche, du système racinaire des Stuarts aux ambitions futures dans l’espace et la durabilité.

Par Kevin LOGNONÉ

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