Guinée-Bissau : le général Horta Inta-a limoge le procureur général et le président de la Cour des comptes

Le chef de la transition bissau-guinéenne a procédé, lundi 19 octobre 2026, à une double éviction à la tête de institutions judiciaires. Amadu Tijane Baldé, procureur général, et Gamal Abel Cassama, président de la Cour des comptes, tous deux nommés après le coup d’État de décembre 2025, ont été démis de leurs fonctions par décret. Aucun motif officiel n’a été communiqué.

Selon plusieurs sources concordantes, le général Horta Inta-a a signé lundi deux décrets présidentiels actant le remplacement de deux hauts responsables judiciaires . Amadu Tijane Baldé perd ainsi son poste de procureur général de la République, tandis que Gamal Abel Cassama est démis de la présidence de la Cour des comptes.

Les deux hommes avaient été nommés en décembre 2025, quelques jours seulement après la prise de pouvoir par l’armée . Ils sont remplacés respectivement par Armando Sumba et Mário Ialá, selon la même source .

La Cour des comptes, chargée du contrôle des finances publiques, et le parquet général, qui conduit l’action publique, constituent deux piliers du fonctionnement de l’État. Leur direction change donc de mains dans un contexte de recomposition accélérée des centres de pouvoir.

Cette double éviction n’est pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans une vague de limogeages engagée depuis plusieurs semaines par le pouvoir de transition. Début octobre 2026, le général Horta Inta-a avait déjà écarté les ministres de l’Intérieur et de la Pêche, tous deux réputés proches de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló, renversé en novembre 2025 . Quelques jours plus tôt, c’est le directeur général des Impôts, également présenté comme un fidèle de l’ex-chef de l’État, qui avait été remplacé.

Plus récemment, le lieutenant-général Sadji Fati, directeur de la maison civile de la présidence et ancien ministre de la Défense, a lui aussi été démis de ses fonctions . Cette série de limogeages vise, selon plusieurs observateurs, à neutraliser les réseaux loyalistes de l’ancien régime et à verrouiller les institutions stratégiques à l’approche de l’échéance électorale.

Ces bouleversements interviennent alors que la transition doit, en principe, organiser des élections présidentielle et législatives le 6 décembre prochain. Mais le calendrier est d’ores et déjà fragilisé : le 8 octobre, la Commission nationale électorale a estimé que les conditions nécessaires à la tenue des scrutins n’étaient pas réunies .

L’ancien président Umaro Sissoco Embaló, exilé au Maroc, a récemment annoncé son intention de rentrer en Guinée-Bissau pour se présenter. Le Haut commandement militaire s’y est opposé, invoquant des raisons de sécurité. La junte a par ailleurs fait désarmer plusieurs membres de l’ancienne garde présidentielle, considérés comme proches de l’ex-dirigeant.

Dans ce contexte tendu, la mise à l’écart des deux plus hauts responsables judiciaires du pays envoie un signal fort : celui d’un pouvoir de transition qui entend garder la main sur l’appareil d’État, quitte à fragiliser un peu plus les institutions chargées de garantir l’équité du processus à venir.

Par Cherif Keita 

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