Mali: Liberté bâillonné :  l’émission « ALLÔ KLÉDU » suspendue pour avoir osé donner la parole aux citoyens.

 

Nouveau coup de boutoir contre la liberté d’expression au Mali. L’émission de libre-antenne « Allô Klédu », diffusée sur la radio privée Radio Klédu, a été suspendue pour une durée de deux mois par la Haute Autorité de la Communication (HAC), sur décision du régime militaire. Motif officiel : avoir accordé « trop de liberté » aux auditeurs. Une sanction qui ne dit pas son nom, mais qui sonne comme un avertissement à tous les médias encore indépendants.

Depuis le coup d’État de 2020, l’espace médiatique malien se rétrécit jour après jour. « Allô Klédu » était devenu l’un des derniers bastions où les citoyens pouvaient, sans filtre, exprimer leurs doléances, leurs colères et leurs espoirs. Chaque jour, des auditeurs y dénonçaient la gestion des affaires publiques, la corruption, l’insécurité ou l’inaction des autorités. Une respiration démocratique dans un pays sous tension.

Mais cette respiration a été jugée trop bruyante. Mercredi 24 juin, l’animateur de l’émission a dû lire en direct la décision de la HAC : « Allô Klédu » est interdite d’antenne pour deux mois. Selon le régulateur, il est reproché aux animateurs de ne pas « recadrer » ni « corriger » les intervenants, laissant ainsi s’exprimer des critiques jugées « sans fondement » contre le gouvernement et les institutions.

« La HAC considère que nous avons donné trop de liberté aux auditeurs », a sobrement rapporté l’animateur, avant d’obtempérer. Une formule qui en dit long sur la conception de la liberté d’expression dans le Mali d’aujourd’hui : elle est tolérée, mais à condition de rester dans les limites fixées par le pouvoir.

Cette suspension intervient dans un contexte déjà lourd de menaces. Quelques jours plus tôt, trois journalistes maliens – Chahana Takiou, Abdourhamane Keïta et Youssouf Sissoko – étaient incarcérés pour des propos critiques envers les autorités. Une escalade inquiétante qui témoigne d’une volonté affichée de museler toute voix dissonante.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Organisations de défense de la presse, syndicats de journalistes et société civile dénoncent une atteinte grave à la liberté fondamentale qu’est le droit d’informer et d’être informé. Pour beaucoup, cette suspension est un signal clair : au Mali, l’expression citoyenne n’a plus droit de cité, sauf à se plier aux diktats du régime.

Radio Klédu, la station qui diffusait l’émission, s’est refusée à tout commentaire dans l’immédiat, mais a confirmé la suspension. Les auditeurs, eux, sont consternés. « Allô Klédu, c’était notre voix, notre exutoire. Sans elle, nous nous sentons réduits au silence », témoigne un habitant de Bamako, amer.

Alors que le Mali est confronté à des défis sécuritaires et politiques majeurs, cette décision soulève une question cruciale : un pays peut-il se reconstruire en bâillonnant sa population ? La réponse des autorités semble être un oui ferme. Mais du côté des défenseurs des libertés, on crie déjà à l’alerte rouge.

Le Mali des militaires continue de verrouiller l’information. Reste à savoir jusqu’où ira cette logique de répression, et quelle sera la réaction de la communauté internationale, souvent silencieuse face à l’étouffement des libertés en Afrique de l’Ouest.

Par Cherif Keita 

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