Cameroun : Face à la vague de violences sexuelles sur mineurs, le Barreau crée une cellule d’urgence pour défendre les victimes
Le Conseil de l’Ordre des avocats du Cameroun a annoncé le 29 mai 2026 la création d’une cellule juridique spéciale dédiée à l’assistance des enfants victimes d’abus sexuels. Une initiative historique qui intervient alors qu’une série d’affaires sordides a secoué le pays, mettant au jour ce que le gouvernement lui-même qualifie de « funeste tendance haussière » des violences faites aux mineurs .
Le constat alarmant : Écoles, domiciles, quartiers – les lieux de vie des enfants camerounais sont devenus des théâtres de prédation. Le Barreau, dans son communiqué, dresse une liste glaçante de faits récents : un enseignant suspecté d’avoir abusé d’une quinzaine d’enfants âgés de 4 à 14 ans à Yaoundé ; une fillette de 3 ans violée dans son école du quartier Odza ; une adolescente de 14 ans agressée par son professeur à Douala ; un septuagénaire tentant d’acheter le silence de la famille d’une victime pour 30 000 FCFA dans le Nord-Ouest .
Ces affaires s’inscrivent dans un contexte national dramatique. Selon les chiffres officiels présentés le 1er juin 2026 par le gouvernement, plus de 50 féminicides ont été enregistrés entre janvier et avril 2026, et 850 enfants – dont 722 filles – ont été recensés comme victimes d’agressions sexuelles ou de violences psychologiques depuis le début de l’année . Le nom de Divine Mbarga Atangana, 11 ans, violée et assassinée en mars 2026, est devenu le symbole de cette crise .
Face à ce constat, l’institution juridique sort de sa réserve. La cellule spéciale, présidée par Maître Memong Philippe Olivier, a une mission opérationnelle : contacter les familles, assurer le suivi des procédures jusqu’à leur terme, et adjoindre des avocats supplémentaires si nécessaire . Un numéro WhatsApp dédié – le (+237) 654 815 610 – a été mis en place pour offrir un point de contact concret aux familles souvent démunies face à la complexité judiciaire .
Le Barreau va plus loin en dénonçant fermement les « arrangements à l’amiable » entre familles et agresseurs. Il avertit que les parents qui se livreraient à de telles transactions pourraient être poursuivis en tant que complices . Une mise en garde solennelle dans un pays où la pression sociale et économique pousse parfois au silence.
L’école en première ligne : L’institution pointe une défaillance systémique : « L’école qui était un lieu sûr pour les enfants serait elle aussi en voie d’être infestée par les criminels sexuels » . Le Barreau exhorte donc les ministères de l’Éducation de base et des Enseignements secondaires à renforcer les enquêtes de moralité lors du recrutement des enseignants, en particulier dans le secteur privé .
Le Barreau interpelle également les médias, leur demandant de protéger l’image des enfants victimes pour éviter un traumatisme supplémentaire . L’institution se mue ainsi en force de pression civile, au nom des plus vulnérables, alors que le gouvernement, lui, a annoncé des mesures d’urgence – renforcement des lignes vertes (116, 1503), application stricte des sanctions – sans pour autant dissiper les doutes sur leur efficacité réelle .
« Ce n’est pas un symbole, c’est un outil », résume l’esprit du communiqué. Reste à savoir si cette cellule, née de l’indignation collective, saura s’ancrer dans la durée pour briser la chaîne de l’impunité qui frappe l’enfance camerounaise .
Par Georges Domo

