Monde : Après les cheveux artificiels, les ongles, les cils, les fesses, les seins, les dents, la peau… place au « visage artificiel » !
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Et de un, et de deux, et de trois… L’humanité, qui n’a décidément jamais reculé devant l’autotuning version corps humain, vient de franchir un nouveau cap. Un cap si vertigineux que même une Barbie des années 60 se sentirait soudainement trop « nature ».
Après avoir greffé, bombé, lissé, blanchi, rallongé, implanté et sculpté chaque millimètre carré de leur anatomie, les héros modernes de l’artifice viennent de trouver le Saint Graal : le visage artificiel.
Oui, vous avez bien lu. Désormais, ce n’est plus assez d’avoir des cheveux qui ne vous appartiennent pas, des ongles qui pourraient servir de tournevis, des cils dignes d’un hélicoptère en plein vol, un postérieur qui défie les lois de la gravité, une poitrine en silicone high-tech, un sourire qui brille plus qu’un phare de voiture et une peau qui n’a jamais vu le soleil. Il fallait toucher au visage.
« Mon miroir ne me reconnaît plus, mais j’adore »
Nous avons rencontré Cindy-Kevin, 28 ans, influenceuse auto-proclamée « experte en morphing facial ». Assise devant nous, elle arbore un visage qui ressemble étrangement à celui de sa poupée préférée… ou à une version rebootée d’elle-même version 3.0. « Alors voilà, explique-t-elle avec une diction parfaite mais légèrement figée, j’ai fait retoucher mes pommettes, affiner ma mâchoire, lifter mes sourcils, remodeler mon nez, injecter mes lèvres (encore), et même poser une prothèse de menton. Franchement ? Mon miroir ne me reconnaît plus. Mais moi, j’adore. C’est frais, c’est net, c’est… neutre. »
Son mari, Jean-Kévin (toutes les influenceuses s’appellent Cindy-Kevin ou Jean-Kévin, c’est scientifique), avoue avec une pointe de mélancolie : « Parfois la nuit, je me réveille, je la regarde, et je me demande qui est cette personne à côté de moi. Mais bon, elle est contente, alors je fais avec. »
Le « Full Face Kit » en vente libre (ou presque)
Des cliniques esthétiques un peu trop inspirées par Tesla et ses mises à jour logicielles proposent désormais des forfaits « Visage Total 2.0 ». Le principe ? On scanne votre tête, on la supprime virtuellement, et on vous en recrée une plus… comment dire… « instagrammable ». Plus d’ovale trop rond, plus de menton fuyant, plus de nez trop « humain ». Vous repartez avec un visage lisse, symétrique, sans aucun défaut. Et sans aucune expression non plus, mais ça, c’est le détail qui tue.
Sur TikTok, le hashtag #FaceSwapRealLife cumule des milliards de vues. Des jeunes femmes (et quelques hommes) se filment avant/après, et l’« après » ressemble étrangement à un filtre Snapchat devenu permanent. « Je voulais ressembler à mon filtre lissage peau », confie l’une d’elles, le regard droit mais légèrement flou. « Maintenant, c’est fait. Par contre, ma mère pleure chaque fois qu’elle me voit. Elle dit que j’ai l’air d’une statue de cire. Mais les likes, eux, ne mentent pas. »
Le drame des aéroports et des algorithmes
Le problème, c’est que la technologie, elle, n’a pas encore suivi. De plus en plus de personnes se font refouler aux aéroports car leur passeport (avec leur ancien visage, vous vous souvenez ?) ne correspond plus du tout à leur nouvelle tête. « La douanière m’a regardée, a regardé ma photo, a crié « espionne russe », et j’ai passé six heures en garde à vue », témoigne une victime du « lifting total ». « Et dire que je voulais juste ressembler à une poupée. »
Les algorithmes de reconnaissance faciale, eux, plantent complètement. Un test récent montre qu’un visage « artificiel » standardisé (pommettes hautes, lèvres gonflées, nez fin, front lisse) déclenche en moyenne 742 faux positifs par seconde. « On ne sait plus qui est qui », s’arrache les cheveux (naturels, eux) un ingénieur de la Silicon Valley.
Le grand retour du sac en papier ?
Face à cette nouvelle mode, un mouvement de résistance pointe discrètement le bout de son nez (authentique, lui). Des collectifs « Rendre sa face à la race » appellent à boycotter le visage artificiel. Leur argument ? « Si tout le monde a le même visage, plus personne n’est beau. Et en plus, on ne se marre plus. Un visage figé, ça ne peut pas rire aux éclats. Et une vie sans fous rires, c’est quoi ? Une pub pour des produits de beauté. »
Pour l’heure, les chirurgiens esthétiques se frottent les mains. Le prochain Graal est déjà en préparation : les oreilles artificielles (pour ne plus rien entendre des critiques) et la boîte crânienne transparente (pour exposer le vide sidéral). Mais ça, ce sera pour la saison prochaine.
En attendant, si vous croisez dans la rue quelqu’un qui vous semble « trop parfait »… attendez une seconde. Il ou elle cligne-t-il des yeux ? Bouge ses sourcils ? Change d’expression ? Si la réponse est non, ne vous inquiétez pas : c’est juste le nouveau voisin. Ou une statue. Ou les deux. On ne sait plus.
Par Issa Abdou

