Niger : HRW dénonce une « disparition forcée » pour le journaliste Moussa Kaka
Le journaliste nigérien Moussa Kaka, disparu depuis le 31 août 2026 avant d’être confirmé en détention par les autorités, est victime d’une « disparition forcée », affirme Human Rights Watch. L’ONG appelle Niamey à révéler sans délai où se trouve ce directeur de télévision de 66 ans.
Deux mois après les faits, le mystère reste entier autour du sort de Moussa Kaka. Dans un communiqué rendu public jeudi, Human Rights Watch (HRW) a qualifié de « disparition forcée » la situation du journaliste nigérien, dont la disparition remonte au 31 août 2026, avant que les autorités ne reconnaissent, au début du mois d’octobre, qu’il était détenu.
« Les autorités nigériennes devraient d’urgence révéler où se trouve l’éminent journaliste Moussa Kaka, victime d’une disparition forcée il y a deux mois », a insisté l’organisation de défense des droits humains.
Un régime militaire sous surveillance
Depuis le coup d’État de 2023, le Niger est gouverné par une junte militaire que les ONG accusent régulièrement d’étouffer les libertés, en particulier la liberté de la presse. La disparition de Moussa Kaka est intervenue peu après une mutinerie qui avait ébranlé Niamey, finalement réprimée par le régime grâce à l’appui décisif de son allié russe.
Début octobre, Reporters sans frontières (RSF), s’appuyant sur les déclarations du ministre nigérien de la Justice Alio Daouda, avait indiqué que le journaliste était « en vie et détenu par les autorités », sans toutefois pouvoir préciser son lieu de détention.
Ce que recouvre la notion de disparition forcée
Pour les Nations Unies, la disparition forcée englobe « l’arrestation, la détention, l’enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté commise par des agents de l’État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l’autorisation, l’appui ou l’acquiescement de l’État », dès lors que cette privation de liberté est niée ou que le sort de la personne et le lieu où elle se trouve sont dissimulés.
HRW rappelle que « la disparition forcée expose les victimes à un risque accru de torture et d’exécution extrajudiciaire ». L’ONG demande en conséquence à Niamey de « garantir » la sécurité de Moussa Kaka « et le libérer, à moins qu’il n’ait été inculpé d’une infraction pénale avérée ».
Une figure de la presse indépendante
Âgé de 66 ans, Moussa Kaka dirige Radio Télévision Saraounia (RTS), un média audiovisuel privé. Il a aussi été durant de nombreuses années le correspondant de Radio France Internationale (RFI), chaîne suspendue par la junte, qui affiche depuis son accession au pouvoir une hostilité assumée envers la France.
De nombreuses organisations de journalistes et de défense des droits humains ont condamné sa disparition puis sa détention, et réclamé sa remise en liberté.
Pour HRW, cette affaire « met en lumière les inquiétudes croissantes concernant la liberté de la presse et la répression politique au Niger ».
Par Cherif Keita

