RDC : Ebola Kinshasa réceptionne les premières doses du vaccin RVBO

 

Le ministre de la Santé, Dr Samuel Roger Kamba, a accueilli ce vendredi 21 août à l’aéroport international de N’djili un premier lot de 16 520 doses du vaccin RVBO (Ervebo). Cette livraison, financée par Gavi, marque le début d’une vaste campagne de vaccination contre la 17e épidémie d’Ebola, qui a déjà fait plus de 2 500 morts en RDC .

La cargaison, fabriquée en Allemagne par MSD, a transité par la Suisse, le Luxembourg et la Belgique avant son arrivée à Kinshasa . Elle constitue la première tranche d’un lot global de 50 120 doses, dont l’arrivée complète est prévue d’ici le 24 août .

Le Dr Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, a supervisé personnellement l’opération de réception à l’aéroport, accompagné du directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP), le Dr Dieudonné Mwamba Kazadi

Une épidémie sans précédent due à une souche rare

La République démocratique du Congo fait face depuis le 15 mai à sa plus grave épidémie d’Ebola jamais enregistrée. À la date du 19 août, le bilan s’élevait à plus de 5 200 cas confirmés et 2 516 décès, soit un taux de létalité de près de 48 % . La transmission reste active dans six provinces du pays : Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Bas-Uele, Haut-Uele et Tshopo .

Contrairement aux précédentes flambées, celle-ci est due à la souche Bundibugyo, une variante particulièrement virulente contre laquelle aucun vaccin n’était spécifiquement homologué pour l’usage humain jusqu’alors .

Une allocation stratégique de 70 000 doses par l’ICG

Face à l’urgence, le gouvernement congolais a sollicité une libération de vaccins Ervebo auprès du stock mondial géré par le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins (ICG). Lundi dernier, l’ICG a annoncé une allocation initiale de 70 000 doses .

Cette allocation répond à un double objectif :

· 20 000 doses seront utilisées dans le cadre d’un essai clinique de phase 3, afin d’évaluer scientifiquement le niveau de protection croisée du vaccin Ervebo contre le virus Bundibugyo.
· 50 000 doses sont destinées aux travailleurs de première ligne et aux agents de santé, conformément aux recommandations du Groupe stratégique consultatif d’experts de l’OMS (SAGE) .

Le vaccin Ervebo est homologué et recommandé pour les flambées dues au virus Ebola Zaïre, la souche la plus répandue. Son efficacité contre cette souche est estimée à 84 % . Cependant, on ignore encore s’il peut protéger les humains contre le virus Bundibugyo .

Les premières données issues d’études en laboratoire et sur des animaux suggèrent toutefois qu’il pourrait offrir une certaine protection . L’essai clinique mené en RDC devrait fournir des preuves essentielles pour éclairer les futures décisions des autorités sanitaires .

L’OMS et Africa CDC insistent sur un point crucial : les personnes auxquelles le vaccin sera proposé, que ce soit dans le cadre de l’essai ou de la campagne de vaccination, doivent recevoir une information complète sur les risques, les bénéfices potentiels et les limites du vaccin face à la souche Bundibugyo, et être en mesure de donner leur consentement éclairé .

Un financement de 13 millions de dollars de Gavi

Gavi, l’Alliance du Vaccin, a apporté un soutien financier majeur à cette opération. L’organisation a débloqué 7 millions de dollars pour financer l’expédition des 70 000 doses . Une enveloppe supplémentaire de 6 millions de dollars, issue du Fonds d’intervention d’urgence de Gavi, a été allouée pour soutenir les efforts de vaccination dans les zones à haut risque et renforcer les services de vaccination de routine . L’objectif est notamment de protéger plus de 1,17 million d’enfants de moins de deux ans contre d’autres maladies évitables par la vaccination, comme la rougeole, dans un contexte où le système de santé est mis à rude épreuve .

L’annonce de l’arrivée imminente de ces vaccins a été accueillie avec un mélange d’espoir et d’attentes à Bunia, épicentre de l’épidémie en Ituri . Innocent Mugisa, chercheur en santé publique à l’Université Shalom de Bunia, a déclaré : « C’est une bonne nouvelle pour nous parce que nous avons besoin de tous les moyens possibles pour arrêter Ebola. Si le vaccin peut contribuer à protéger la population, il faut qu’il soit disponible rapidement dans les zones les plus touchées » .

Les habitants interrogés par l’Agence congolaise de presse ont également formulé des demandes précises : une information claire sur les populations ciblées et les modalités de la vaccination, le maintien des mesures de prévention et de lutte contre les rumeurs, ainsi qu’une organisation rigoureuse de la distribution pour que les personnes exposées soient véritablement prioritaires .

La vaccination est désormais considérée par les autorités congolaises comme un « pilier central » de la riposte . Le gouvernement a d’ailleurs déjà formulé une demande pour obtenir 500 000 doses supplémentaires afin d’étendre la couverture vaccinale . L’arrivée de ces premières doses à Kinshasa marque ainsi une étape décisive dans la lutte contre la pire épidémie d’Ebola que le pays ait connue.

Par Jérôme Wailifu 

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