RDC:  Ebola : une manipulation macabre de cercueils à l’origine de la nouvelle épidémie

 

Une simple erreur humaine. C’est ce qui aurait provoqué la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo, il y a deux mois. Mais ce n’est que depuis une semaine que les autorités sanitaires parlent d’« épidémie », après une contamination de masse liée à une manipulation dangereuse de cercueils.

Le drame trouve son origine dans un cortège funèbre. Tout part du décès d’un patient, victime du virus. Son corps est transporté depuis la morgue jusqu’à son domicile, situé à 92 kilomètres de là. Problème : la famille estime que le cercueil utilisé n’est pas de bonne qualité. Elle décide donc de transférer le corps dans un autre cercueil.

Un geste en apparence anodin, mais qui s’est révélé fatal. Selon le ministre congolais de la santé, Roger Kamba, s’exprimant sur RFI, ce changement s’est effectué « de façon non précautionneuse ». Autrement dit, sans les mesures de protection nécessaires pour manipuler la dépouille d’un malade d’Ebola, un virus parmi les plus contagieux et mortels au monde.

Les conséquences ne se sont pas fait attendre. De nombreuses personnes ayant touché l’un ou l’autre des deux cercueils ont rapidement développé la maladie. Famille, proches, membres du cortège, manipulateurs… Un véritable cluster s’est formé, transformant un drame individuel en crise sanitaire collective.

C’est ainsi que l’on a commencé à parler d’« épidémie ». Une énième pour la RDC, pays d’Afrique centrale déjà durement éprouvé par des décennies de conflits, de pauvreté et de maladies. Depuis la découverte du virus en 1976, le pays a connu sa plus longue épidémie entre 2018 et 2020, ayant fait plus de 2 200 morts.

Aujourd’hui, les autorités congolaises tentent de circonscrire la contamination. Les équipes sur le terrain traquent les contacts, informent les populations et rappellent les gestes barrières : ne pas toucher les défunts, ne pas manipuler les corps sans équipement de protection, laisser les professionnels de santé gérer les dépouilles.

Mais la tâche est immense. Les croyances funéraires restent profondément ancrées, et les familles peinent souvent à renoncer aux rites traditionnels. Pourtant, le drame survenu autour de ces deux cercueils est un signal d’alarme : un seul geste non maîtrisé peut suffire à rallumer l’incendie.

Alors que le monde a détourné son attention du virus Ebola, la RDC, elle, continue de payer un lourd tribut. Et cette nouvelle épidémie, partie d’une simple manipulation, rappelle une vérité cruelle : face à Ebola, la moindre négligence peut coûter des vies.

Par Jérôme Wailifu 

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