RDC : l’épidémie d’Ebola atteint des niveaux records avec près de 300 décès en une semaine

 

L’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo connaît une accélération dramatique. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 567 nouveaux cas et 296 décès ont été recensés en une seule semaine, un bilan hebdomadaire inédit depuis le début de la flambée. L’Ituri, épicentre de la crise, concentre près de 90 % des contaminations.

La fièvre hémorragique à virus Ebola poursuit sa progression fulgurante en République démocratique du Congo. Au 1er août, le ministère congolais de la Santé recensait 3 748 cas confirmés et 1 657 décès, portant le taux de létalité à 44,2 %. Mais c’est surtout la dynamique de la semaine écoulée qui inquiète les autorités sanitaires : 567 nouvelles infections et 296 morts en sept jours, soit le pire bilan hebdomadaire depuis l’apparition de la flambée le 15 mai dernier.

« Nous sommes face à une accélération sans précédent de la transmission », a alerté mardi un porte-parole de l’OMS lors d’un point de presse à Genève. « Les chaînes de contamination se multiplient dans des zones difficiles d’accès, où les équipes médicales peinent à intervenir. »

L’Ituri, épicentre de la crise

Apparue dans la province de l’Ituri, cette flambée est désormais la plus importante jamais enregistrée en RD Congo, dépassant en ampleur celle de 2018-2020 qui avait déjà marqué les esprits. Près de 90 % des cas sont aujourd’hui concentrés dans cette région de l’est du pays, frontalière du Soudan du Sud et de l’Ouganda.

Les districts sanitaires de Bunia, Komanda et Mambasa sont les plus touchés. Dans ces localités, les structures de santé, déjà fragilisées par des décennies de conflit et de déplacements de populations, sont submergées. « Nous manquons de lits, de personnel et de moyens de transport pour acheminer les échantillons biologiques », confie un médecin de l’hôpital général de Bunia, joint par téléphone.

690 personnes hospitalisées, 708 guéris

Selon les derniers chiffres officiels, 690 patients sont actuellement hospitalisés ou placés en isolement, tandis que 708 personnes ont été déclarées guéries après avoir reçu un traitement. Mais ces chiffres masquent une réalité plus sombre : dans plusieurs zones reculées, les cas ne sont pas tous recensés, faute de capacité de dépistage.

L’OMS et ses partenaires, dont Médecins Sans Frontières et l’UNICEF, ont intensifié leurs opérations de vaccination. Plus de 45 000 doses du vaccin rVSV-ZEBOV ont déjà été administrées, principalement aux personnels de santé et aux contacts des cas confirmés. Mais la couverture reste insuffisante face à l’ampleur de l’épidémie.

Une réponse entravée par l’insécurité et la défiance

Sur le terrain, les équipes d’intervention font face à de multiples obstacles. L’insécurité chronique dans l’est de la RD Congo complique l’accès à certaines zones contrôlées par des groupes armés. À plusieurs reprises, des agents de santé ont été pris pour cible ou leurs véhicules attaqués.

Par ailleurs, la méfiance des communautés locales envers les autorités sanitaires, nourrie par des rumeurs et des croyances ancestrales, entrave les campagnes de sensibilisation. « Dans certains villages, les habitants cachent leurs malades par peur d’être stigmatisés ou de voir leurs proches emmenés dans des centres d’isolement », explique un responsable de l’OMS basé à Goma.

Appels à une mobilisation internationale renforcée

Face à cette situation critique, la communauté internationale est appelée à renforcer son soutien. L’OMS a lancé un appel de fonds d’urgence de 120 millions de dollars, mais à ce jour, moins de la moitié a été réunie.

« Nous risquons de perdre le contrôle de cette épidémie si les moyens ne suivent pas », a prévenu le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique. « Chaque jour qui passe sans action décisive se traduit par des dizaines de vies perdues. »

Les autorités congolaises, de leur côté, ont décrété l’état d’urgence sanitaire dans les provinces touchées et renforcé les mesures de contrôle aux frontières. Mais alors que le virus continue de gagner du terrain, la bataille contre Ebola semble loin d’être gagnée.

Par Jérôme Wailifu 

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