Soudan : à Khartoum, le difficile retour de 2 millions d’habitants dans une capitale meurtrie
Un an après la reconquête de Khartoum par l’armée soudanaise, plus de deux millions de personnes sont revenues s’installer dans la capitale, selon les autorités locales. Sur les cinq millions d’habitants qui avaient fui la ville depuis le début de la guerre en avril 2023, ce retour massif témoigne d’un fragile espoir de renouveau. Pourtant, la réalité sur place reste dramatique : une ville exsangue, des infrastructures à l’arrêt et une économie au point mort .
Les autorités avaient promis un retour rapide à la vie normale après la victoire militaire sur les Forces de soutien rapide (FSR). Mais les habitants retrouvent une cité profondément marquée par les combats. Les coupures d’électricité sont chroniques : le porte-parole de l’État de Khartoum indique que la production atteint à peine un tiers de sa capacité d’avant-guerre, assurant seulement huit heures d’alimentation par jour dans les meilleurs cas .
Les signes de reprise sont très inégaux selon les quartiers. Seule la ville d’Omdurman, sur l’autre rive du Nil, connaît une timide embellie. En revanche, le centre de Khartoum et la ville de Bahri, au nord, restent largement sinistrés, avec des bâtiments encore en ruines et des rues jonchées de débris . Le centre-ville, autrefois animé par ses marchés, est décrit comme une « ville fantôme » et un « champ de mines », les FSR ayant laissé derrière elles de nombreux engins non explosés .
Des retours souvent forcés
Pour de nombreux Soudanais, ce retour n’est pas un choix. Nisreen Altayeb, enseignante, explique avoir fui en Égypte avec sa famille, avant de décider de rentrer à cause d’une répression contre les réfugiés dans ce pays. « Nous avons quitté le Soudan à cause de l’insécurité, mais nous avons commencé à vivre la même chose. Ce n’était pas sûr en Égypte », confie-t-elle . Comme elle, beaucoup de fonctionnaires sont contraints de revenir, alors que leurs salaires ne sont toujours pas versés .
Le gouvernement a ordonné le retour des fonctionnaires et des étudiants, mais les conditions sont précaires. À l’Université de Khartoum, située dans la zone la plus touchée, les étudiants découvrent des amphithéâtres et des laboratoires lourdement endommagés . Le manque d’eau potable est devenu la norme, et les petites entreprises peinent à rouvrir, malgré l’insistance des autorités qui ont repris la perception des taxes sans fournir les services de base .
La situation sécuritaire reste en outre fragile : les FSR continuent de mener des attaques de drones contre des centrales électriques et des installations militaires, entravant les efforts de reconstruction .
Le conflit en quelques chiffres
Le conflit, qui a éclaté le 15 avril 2023 entre les Forces armées soudanaises (FAS) et les FSR, a fait plus de 59.000 morts et provoqué le déplacement de plus de 14 millions de personnes, ce qui en fait l’une des pires crises humanitaires au monde . Une nouvelle flambée de choléra, qui a déjà fait plus de 100 morts, menace désormais les populations, particulièrement à El Obeid, où l’accès humanitaire est entravé par les combats .
Par Issa Abdou

