Soudan : l’ONU dénonce l’usage « massif et meurtrier » des drones de combat, près de 700 civils tués depuis janvier

 

Alors que la guerre civile s’enlise depuis bientôt deux ans, un nouveau rapport des Nations unies dresse un bilan effroyable : l’utilisation généralisée des drones par les belligérants a fait près de 700 morts parmi les civils depuis le début de l’année 2026. Les enfants paient un lourd tribut, et la communauté internationale reste largement absente.

Une guerre de drones qui cible les civils

Les frappes de drones sont devenues quotidiennes, notamment dans les régions du Kordofan et du Darfour, théâtres des combats les plus intenses entre l’armée régulière (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR). Selon les données compilées par la Mission de l’ONU au Soudan (UNITAMS), au moins 687 civils ont été tués par ces frappes aériennes depuis le 1er janvier 2026.

« Nous assistons à une militarisation de l’espace aérien sans précédent sur le continent », a déclaré un responsable onusien sous couvert d’anonymat. « Les drones, parfois de simple facture commerciale, sont désormais utilisés pour des tirs de barrage sur les marchés, les hôpitaux et les camps de déplacés. »

L’UNICEF, de son côté, alerte sur un chiffre accablant : 80 % des victimes infantiles recensées au premier trimestre 2026 sont imputables à ces frappes. Des bombes artisanales larguées sans discernement, faute de moyens de ciblage précis.

La pire crise humanitaire du monde, mais un financement dérisoire

Le conflit, qui a éclaté en avril 2024 entre les généraux Abdel Fattah al-Burhane et Mohamed Hamdane Daglo, a déjà provoqué le déplacement de 11 millions de personnes – soit près d’un quart de la population. Plus de 19 millions de Soudanais souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Les violences sexuelles sont utilisées comme arme de guerre. L’ONU a documenté plus de 11 000 cas de disparitions forcées depuis le début de l’année, un chiffre qui ne cesse de croître à mesure que les combattants des deux camps commettent des exactions sans être inquiétés.

Face à cette catastrophe, le plan de réponse humanitaire des Nations unies, qui réclame 2,7 milliards de dollars pour 2026, n’est financé qu’à 16 %. Un comble, alors que la guerre au Soudan est qualifiée par les experts de « crise la plus grave et la plus ignorée du moment ».

Une conférence des donateurs à Berlin pour tenter de sauver les meubles

Devant l’urgence, l’Allemagne et l’Union africaine co-organisent une conférence des donateurs à Berlin le 15 mai prochain. L’objectif : récolter au moins 1,5 milliard de dollars pour éviter un effondrement total du pays, menacé de famine généralisée d’ici l’été.

« Les Soudanais meurent aujourd’hui. Pas demain. La conférence de Berlin ne doit pas être une réunion de plus », a martelé Martin Griffiths, secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires, dans un communiqué.

Sur le terrain, aucune issue diplomatique n’est en vue. Les pourparlers de Djeddah, sous médiation saoudo-américaine, sont au point mort. Pendant ce temps, les drones continuent de tourner au-dessus des villages du Darfour.

Par Issa Abdou 

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