Tchad : à Walia Barrière, la mairie sacrifie des centaines de petits commerçants sur l’autel de « l’ordre public »

Ils n’étaient pas des trafiquants, ni des occupants illégaux de la dernière heure. Ils étaient pharmaciens, boutiquiers, gérants de cabines téléphoniques, propriétaires de pressings et coiffeuses. Installés parfois depuis des années aux abords des deux ronds-points de Walia Barrière, dans le 9ᵉ arrondissement, ils ont vu leurs moyens d’existence réduits en poussière, ce lundi 1er juin, sous les coups de pioche des agents municipaux.

L’opération, présentée comme une simple mesure de libération des emprises publiques, a été menée avec une rigueur implacable. Pourtant, les commerçants assurent n’avoir jamais été véritablement associés à une quelconque négociation. Un délai de trois jours – accordé le 28 mai – leur a été notifié pour déguerpir. Trois jours pour démonter des années de labeur, pour replier des stocks, pour trouver une alternative. Une gifle déguisée en arrêté municipal.

« On nous a jetés comme des malpropres », témoigne un gérant de cabine téléphonique, encore sous le choc. « Certains ont tout perdu. Nos enfants n’ont plus à manger demain. »

La mairie, elle, assume. Les responsables municipaux présents sur place justifient la démolition par le refus, selon eux, de plusieurs commerçants de se conformer aux instructions. Mais à qui profite réellement cette chasse aux petits métiers ? Pendant que les étals s’effondrent, aucune solution de relogement, aucune mesure d’accompagnement, aucune aide n’a été proposée. Juste des gravats, de la poussière, et des familles anéanties.

Ce n’est pas une opération de salubrité. C’est une purge sociale délibérée, déguisée en règlement de voirie. Derrière le discours convenu de « libération du domaine public », se cache une réalité brutale : des centaines de travailleurs modestes, précaires, sans filet de sécurité, livrés à eux-mêmes du jour au lendemain.

Les protestations ont été vives, presque virulentes. Mais aucun incident majeur n’a éclaté. Non pas par résignation, mais par peur. Peur d’être emmenés, peur d’une matraque, peur de perdre encore plus que ce qu’il ne leur restait déjà.

À Walia Barrière, ce lundi, la mairie n’a pas fait le ménage. Elle a écrasé des vies. Et demain, ces mêmes commerçants déguerpis devront trouver d’autres trottoirs, d’autres ronds-points, ou rejoindre la masse invisible de ceux qui n’ont plus rien. La voirie est libre. Mais la dignité, elle, a été piétinée.

Par Kenzo Brown 

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