Tchad : JETHSONAT, l’OVNI de la musique tchadienne qui chante en chinois, l’irrésistible ascension d’un artiste qui bouscule les codes
Il est le seul artiste tchadien à chanter en chinois. Il slame aussi en sara, en arabe et en français. Rencontre avec Jethro BADJIM BERDI, alias JETHSONAT, nouvelle sensation de la scène afro-vibe.
Il y a des artistes qui suivent les modes. Et il y a ceux qui les brisent. JETHSONAT appartient à la seconde catégorie. À 30 ans passés, ce Sarhois d’origine s’est imposé en quelques années comme l’une des plumes les plus audacieuses de la scène tchadienne. Sa particularité ? Une voix qui voyage entre les continents, du sara au chinois, en passant par l’arabe et le français. Il fait le genre de musique c’est plutôt afro-fusion.
« Quand je chante en chinois, les gens n’y croient pas au début. Puis ils écoutent, et ils comprennent que la musique parle plus fort que les mots », confie l’artiste avec un sourire malicieux.
Un parcours sans raccourci
Rien ne prédestinait Jethro BADJIM BERDI à devenir une figure de la nouvelle scène tchadienne. C’est en 2009, sur les bancs de l’école, qu’il découvre sa voix à travers les compétitions culturelles scolaires. Le déclic est immédiat. S’ensuivent des années de formation entre le Tchad, le Cameroun et le Nigeria, où il apprend le métier au contact d’autres artistes.
« Je n’ai pas eu de raccourci. J’ai appris sur le terrain, en observant, en échouant, en recommençant », raconte-t-il.
Cette humilité forge sa signature : une Afro-vibe métissée, portée par des textes qui parlent d’identité, de jeunesse, de vivre ensemble et d’espérance.
2025, l’année de la consécration
Le grand public le découvre véritablement en 2025. Cette année-là, JETHSONAT est sacré Lauréat du Festival Ndjam Vi (18e édition) dans la catégorie Jeune Talent. Une distinction qui change tout.
Dans la foulée, les invitations pleuvent : Festival des Arts et Cultures Mbay, Festival DJ Musique, Village CAN 2025 à l’espace Talino Manu, Fête de la Musique à l’Institut Français de Sarh, puis à N’Djaména sous l’égide du Ministère du Développement Touristique, de la Culture et de l’Artisanat.
« Cette année m’a donné une visibilité incroyable. Mais surtout, elle m’a confirmé que le public était prêt pour quelque chose de différent », confie l’artiste.
2026 : l’année de tous les défis
Loin de se reposer sur ses lauriers, JETHSONAT attaque 2026 avec une énergie décuplée. Il est déjà annoncé à l’avant-scène du concert de Kadeux à N’Djaména, au Festival des Grillades de Sarh (3e édition), à la Semaine Culturelle de Sarh (1ère édition), au One Man Show de Coq de Seco et au Festival des Arts et Cultures Nar.
« Chaque scène est une chance de prouver que la jeunesse tchadienne a quelque chose à dire. Je ne veux pas décevoir », assure-t-il.
Le chinois, une arme diplomatique et culturelle ?
Sa maîtrise du chinois intrigue autant qu’elle fascine. Sur les réseaux sociaux, ses extraits chantés en mandarin cumulent les vues et les commentaires ébahis. Certains y voient un pont entre le Tchad et la Chine, première puissance économique présente dans le pays.
« Je ne le fais pas par calcul. J’ai appris cette langue par passion. Mais si cela peut rapprocher les cultures, tant mieux », glisse-t-il.
Son répertoire témoigne de cette ouverture : des titres comme « San K’lei », « Mendi Or Koum », « Racine » ou « Espoir » (en featuring avec Moussa Aimée) mêlent introspection, critique sociale et célébration de la vie.
Mais JETHSONAT ne se limite pas à la musique. Créateur multimédia, il conçoit lui-même ses clips, travaille ses performances scéniques et explore l’expression numérique. Une démarche globale qui le distingue de nombreux artistes de sa génération.
« Je ne veux pas être juste un chanteur. Je veux raconter des histoires, créer des images, faire vivre une expérience », explique-t-il.
À l’heure où la jeunesse africaine cherche ses modèles, JETHSONAT incarne une alternative crédible : celle d’un artiste qui refuse les cases, assume ses racines et regarde le monde droit dans les yeux.
« Mon message à la jeunesse tchadienne est simple : ne vous limitez pas. Vous pouvez chanter en sara, en arabe, en français, en chinois. Vous pouvez venir de Sarh et faire vibrer N’Djaména. Tout est possible si vous travaillez », lance-t-il.
Avec JETHSONAT, la scène tchadienne tient peut-être son ambassadeur le plus inattendu. Et le plus prometteur.
Par Kenzo Brown

