Tchad : N’Djamena : colonies de vacances gratuites, le Centre Koulsy Lamko en quête de soutiens pour poursuivre son œuvre auprès des jeunes

Dans le quartier Habbena, le Centre culturel Koulsy Lamko accueille gratuitement des dizaines de jeunes depuis le 10 août. Une oasis de solidarité dans une capitale où les vacances sont souvent synonymes d’oisiveté pour les familles modestes. Mais les organisateurs tirent la sonnette d’alarme : sans soutien, cette sixième édition pourrait être la dernière.

Assis en tailleur sur une natte, Ibrahim, 12 ans, tient délicatement un pinceau entre ses doigts. Autour de lui, une dizaine d’enfants s’affairent à décorer des morceaux de tissu sous l’œil attentif de leur animateur. Dans la cour du Centre culturel Koulsy Lamko, au cœur du quartier Habbena, l’ambiance est studieuse mais joyeuse. Ici, pas de frais d’inscription, pas de tenue exigée, pas de sélection à l’entrée. Juste une promesse : offrir à tous, sans distinction, des vacances utiles et enrichissantes.

Depuis le 10 août dernier, ce haut lieu de la culture tchadienne, porté par la Compagnie théâtrale Hadre Dounia, a ouvert ses portes pour la sixième édition de sa colonie de vacances gratuite. Une initiative unique dans le paysage n’djaménois, portée par un homme : Jean Kevin Ngangnodji, alias Hadre Dounia Wittack, metteur en scène et infatigable militant de la cause éducative.

« Nous avons choisi de tout donner avec le cœur, parce que c’est la seule richesse que nous possédons vraiment », confie-t-il, le regard fatigué mais déterminé.

« Ici, on apprend à vivre, pas seulement à survivre »

Dans la capitale tchadienne, les grandes vacances creusent un fossé cruel entre les familles aisées et les foyers modestes. Pour les premiers, colonies privées, stages sportifs et ateliers artistiques rythment l’été. Pour les seconds, c’est souvent l’ennui, l’errance dans les rues, ou pire, la tentation des petits boulots précaires qui arrachent aux bancs de l’école.

Le Centre Koulsy Lamko offre une alternative. Chaque jour, entre 60 et 80 enfants, adolescents et jeunes adultes franchissent ses portes. Au programme : apprentissage de petits métiers (couture, menuiserie, cuisine, coiffure), ateliers de théâtre, d’expression corporelle, de musique et de conte, mais aussi des moments de partage et de réflexion sur le vivre-ensemble.

« Mon fils ne voulait plus sortir de la maison. Il passait ses journées à regarder le plafond. Depuis qu’il vient ici, il est transformé. Il a appris à coudre un ourlet et il aide sa petite sœur à faire ses devoirs », témoigne Fatimé, mère de trois enfants, avec une émotion palpable.

Pour les encadrants, bénévoles pour la plupart, la mission dépasse le simple loisir. Il s’agit de lutter contre le décrochage scolaire, le désœuvrement et, à terme, l’exclusion sociale. « On ne leur apprend pas seulement un métier, on leur redonne confiance en eux. On leur montre qu’ils ont de la valeur », insiste un jeune animateur, lui-même ancien bénéficiaire du programme.

« Tout donner avec le cœur » : un manifeste, mais aussi un cri d’alarme

Le slogan de cette édition résonne comme une devise. Il est affiché sur un panneau de bois peint à la main, accroché à l’entrée du centre. Mais derrière cette belle formule se cache une réalité bien plus rugueuse.

Faire tourner une telle structure sans subvention publique ni mécénat privé est un combat quotidien. Le matériel pédagogique s’use à vue d’œil : les ciseaux s’émoussent, les rouleaux de tissu s’amenuisent, les pots de peinture se vident. Les frais de transport pour acheminer le goûter des enfants grèvent un budget déjà exsangue. Et les bénévoles, aussi dévoués soient-ils, ne peuvent pas éternellement puiser dans leurs propres deniers.

« Nous avons tenu six ans grâce à la générosité de quelques âmes charitables et à nos sacrifices personnels. Mais aujourd’hui, nous sommes à un point de rupture, explique Jean Kevin Ngangnodji.

Pour la première fois, les organisateurs tirent la sonnette d’alarme publiquement. Un appel solennel est lancé aux autorités, aux institutions et aux acteurs économiques. Il vise les ministères de la Jeunesse et des Sports, de la Culture et de l’Artisanat, mais aussi les entreprises et les personnalités publiques.

« Nous ne demandons pas la lune. Quelques dizaines de millions de francs CFA permettraient déjà de pérenniser l’activité pour l’année, de renouveler le matériel et de rémunérer dignement les encadrants. C’est un investissement minime au regard de ce que ce centre apporte à la société », plaide-t-il.

 

Un modèle éducatif qui mérite d’être soutenu

Au-delà de l’urgence financière, se pose la question du modèle. En l’absence de politiques publiques structurées pour l’éducation non formelle et les loisirs éducatifs, des initiatives comme celle du Centre Koulsy Lamko pallient les carences de l’État. Elles incarnent une forme de résilience citoyenne, mais elles ne peuvent pas se substituer indéfiniment à une action publique volontariste.

« Ce que fait ce centre est admirable. Mais il ne devrait pas avoir à le faire seul. L’éducation et l’encadrement de la jeunesse sont des missions régaliennes, analyse un expert en politiques éducatives sous couvert d’anonymat. Si demain ce centre ferme, ce sont des dizaines d’enfants qui retourneront à la rue. La facture sociale sera bien plus lourde que le coût de son soutien. »

Les témoignages affluent, nombreux et bouleversants. Aïcha, 17 ans, a participé aux ateliers de théâtre l’an dernier. Elle prépare aujourd’hui son entrée au Conservatoire. « Sans eux, je ne serais jamais allée au-delà du collège. Ils m’ont ouvert un horizon que je croyais inaccessible », confie-t-elle, les yeux brillants.

Un appel à la générosité collective

Alors que la colonie de vacances bat son plein, le spectre d’une septième édition compromise plane. Pour Jean Kevin Ngangnodji et son équipe, chaque don, chaque partenariat, chaque coup de pouce est une bouffée d’oxygène.

« Nous ne voulons pas que cet été soit le dernier. Nous voulons continuer à être ce refuge, cette lueur d’espoir pour les enfants qui n’ont rien. Nous lançons un appel à toutes les bonnes volontés : venez voir ce que nous faisons. Construisez avec nous, pas seulement pour nous », lance-t-il, la voix chevrotante.

En attendant, dans la cour du centre, les rires des enfants couvrent encore les inquiétudes. Les pinceaux dansent sur le tissu, les comédiens en herbe répètent leurs textes, et le soleil de N’Djamena continue de briller sur cette bulle de résistance solidaire.

Soutenir le Centre culturel Koulsy Lamko, c’est :

· Offrir une alternative constructive aux jeunes pendant les vacances ;
· Lutter contre le décrochage scolaire et l’exclusion sociale ;
· Former aux métiers pour une insertion professionnelle durable ;
· Valoriser la culture et la créativité comme leviers d’émancipation.

 

Soutenir le Centre culturel Koulsy Lamko, c’est offrir une raison de sourire à des enfants qui n’en ont pas toujours.

Par Kenzo Brown 

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