Tchad: Ricardo Nanadoumngar Labé décoré par l’Ambassade de France : le Baobab de l’animation culturelle honoré pour 20 ans de service à l’IFT
Au Tchad, certaines voix deviennent des repères. Celle de Ricardo Nanadoumngar Labé est de celles qui marquent une époque, inspirent des générations et s’imposent comme des symboles. Avec près de 30 ans dans l’animation culturelle, il est considéré comme l’un des plus grands piliers du monde artistique et médiatique tchadien.
Une carrière légendaire au service de la culture
Depuis ses débuts, Ricardo s’est forgé une réputation solide grâce à son professionnalisme, son style unique et une maîtrise de la parole devenue une référence. Les artistes et animateurs le surnomment :
- Le “Padre des Padre” ;
- Le “Capitaine National” ;
- Le Baobab de la culture tchadienne.
20 ans à l’Institut Français du Tchad – une décoration de l’Ambassade de France
Après deux décennies de service exemplaire à l’Institut Français du Tchad, Ricardo a été décoré ce vendredi par l’Ambassade de France au Tchad.
Une distinction officielle qui récompense son engagement, sa loyauté, son dévouement et sa contribution exceptionnelle au rayonnement culturel.
La cérémonie, sobre et chaleureuse, s’est déroulée devant :
- l’Ambassadeur de France au Tchad,
- le Directeur et le Secrétaire général de l’IFT,
- les personnels de l’ambassade,
- mais aussi sa femme, ses enfants et plusieurs membres de sa famille, venus partager ce moment historique
Un discours empreint d’émotion et d’humilité
Très ému, Ricardo a exprimé sa gratitude à « l’Éternel, ma famille, mes enfants et mes collègues » avant de confier, la voix tremblante :
« Je suis l’œuvre et un fruit de la France. Je ne sais pas si j’aurais reçu un tel honneur de mon propre pays. Vive la France, vive la culture. »
Par ces mots, il a tenu à remercier profondément les autorités françaises pour leur reconnaissance, tout en rappelant la réalité vécue par de nombreux acteurs culturels au Tchad.
Il a également salué la mémoire des collègues disparus, notamment Daniel d’Assidi, et évoqué les sacrifices consentis dans des moments difficiles, comme les événements du 2 février, qui restent gravés dans son parcours.
Une voix pionnière des médias
Avant l’IFT, Ricardo s’impose déjà comme une référence incontournable :
- Directeur à Radio Harmonie ;
- Animateur influent à Radio 92 ;
- Voix emblématique de l’émission « Gardez l’écoute » à la Radio Nationale Tchadienne, un rendez-vous culte pour plusieurs générations.
Il fut aussi le premier animateur professionnel à conduire les cérémonies présidentielles, autrefois réservées au protocole.
Un formateur, un mentor, un tremplin pour des générations
Ricardo a formé, encadré et inspiré des dizaines d’animateurs, journalistes et maîtres de cérémonie.
Son influence dépasse les frontières : il est sollicité dans plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’Ouest.
Il est, à sa manière, un ambassadeur culturel informel du Tchad.
Une reconnaissance internationale… en attendant l’hommage national ?
Si l’Ambassade de France et l’IFT ont honoré Ricardo, une question demeure :
Le Tchad attendra-t-il son départ pour célébrer l’un de ses plus grands bâtisseurs culturels ?
Devons-nous attendre sa disparition pour lui reconnaître ses œuvres, sa valeur et son impact, comme cela arrive si souvent dans notre pays ?
Ricardo, lui, est encore là :
il forme, œuvre, accompagne, élève et inspire.
Il continue d’offrir au Tchad quelque chose de rare :
une identité culturelle, un style, une école de pensée, une mémoire vivante.
Il est temps de rompre avec la culture de l’hommage posthume.
Honorer les bâtisseurs de leur vivant, c’est honorer la nation elle-même.
Célébrer le Baobab de son vivant
Décoré par l’Ambassade de France, Ricardo Nanadoumngar Labé demeure l’une des figures les plus imposantes de la culture tchadienne.
C’est une voix, une mémoire, une école, un patrimoine vivant.
Les artistes ont fini par graver trois titres qui résument sa carrière :
Le Padre des Padre.
Le Capitaine National.
Le Baobab de la culture tchadienne.
Un Baobab ne se célèbre pas lorsqu’il tombe.
On le célèbre lorsqu’il est là, droit, solide, inspirant et rayonnant.
Ricardo est un monument vivant.
Et il appartient au Tchad de reconnaître, aujourd’hui, la valeur de ce qu’il a bâti pour que la mémoire ne s’écrive pas dans le regret, mais dans la gratitude.
Par Kenzo Brown

