Afrique : La CEDEAO en quête d’un second souffle face aux fractures du monde
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Face à l’accélération des rivalités géopolitiques et à la recomposition des alliances internationales, la CEDEAO engage une réflexion stratégique sur son avenir. Depuis le 24 février et jusqu’au 27 février 2026, son Département des affaires politiques, de la paix et de la sécurité (PAPS) réunit à Lagos au Nigeria,une consultation thématique de haut niveau destinée à repositionner l’organisation dans un ordre mondial en pleine mutation.
L’initiative intervient à un moment charnière pour l’Afrique de l’Ouest, devenue un espace de compétition accrue entre puissances traditionnelles et émergentes. Conflits asymétriques, transitions politiques délicates, pression démographique et vulnérabilités économiques s’entremêlent dans un environnement international marqué par l’instabilité.
Une région sous tension stratégique
Les travaux de Lagos s’inscrivent dans un contexte global dominé par la montée des rivalités géostratégiques, la redéfinition du rôle des institutions de Bretton Woods et l’irruption massive des technologies numériques dans les dynamiques politiques et sécuritaires.
L’intelligence artificielle, les armes autonomes, la manipulation algorithmique de l’information et la désinformation transnationale figurent désormais parmi les variables structurantes des équilibres régionaux. Pour la CEDEAO, l’enjeu est double : prévenir l’instrumentalisation de ces outils dans les crises politiques internes et éviter que la région ne devienne un terrain d’expérimentation ou de confrontation indirecte entre puissances extérieures.
Dans plusieurs pays ouest-africains, la fragilité institutionnelle et la défiance envers les élites politiques créent un terrain fertile pour les campagnes de désinformation. Les consultations de Lagos ambitionnent d’anticiper ces risques en renforçant les mécanismes régionaux d’alerte précoce, de médiation et de coopération sécuritaire.
Redéfinir les partenariats stratégiques
Au-delà des enjeux sécuritaires, la CEDEAO cherche à clarifier sa posture vis-à-vis de partenaires traditionnels et de nouveaux acteurs globaux. L’évolution du rôle des institutions financières internationales, les exigences liées à la transition énergétique et la compétition pour l’accès aux ressources stratégiques imposent une réévaluation des alliances.
L’objectif affiché est de renforcer l’autonomie stratégique de la Communauté, sans pour autant rompre avec ses partenaires historiques. Il s’agit plutôt de diversifier les partenariats, d’améliorer la cohérence diplomatique des États membres et d’accroître la capacité de négociation collective.
Cette séquence intervient également dans un contexte interne délicat pour l’organisation, confrontée à des crises politiques successives et à des débats sur son efficacité et sa légitimité. La nécessité d’adapter ses instruments de gouvernance régionale aux nouvelles réalités sécuritaires et technologiques est désormais largement partagée.
Un exercice de repositionnement
En réunissant experts, responsables politiques et acteurs institutionnels sur trois jours, le PAPS entend produire des orientations concrètes pour l’avenir de la Communauté. Il ne s’agit pas seulement d’un exercice académique, mais d’une tentative de repositionnement stratégique.
Dans un monde où l’ordre international se fragmente et où les équilibres de puissance se redessinent, l’Afrique de l’Ouest ne peut plus se contenter d’une posture réactive. À Lagos, la CEDEAO tente de définir les contours d’une organisation capable d’anticiper les chocs, de protéger ses États membres et de défendre ses intérêts collectifs.
Par Rodrigue Izumo

