Afrique du Sud: Le convoque l’ambassadeur américain après des propos jugés « non diplomatiques »
Les relations entre Pretoria et Washington traversent une nouvelle zone de turbulences. Le gouvernement sud-africain a convoqué l’ambassadeur des États-Unis, Leo Brent Bozell III, pour lui demander des comptes après des critiques publiques visant les politiques intérieures et étrangères du pays.
C’est une affaire qui aurait pu rester dans l’enceinte feutrée des salons diplomatiques, mais elle a pris une tout autre ampleur. Lors d’une rencontre avec des chefs d’entreprise à Pretoria, le diplomate américain s’est livré à une charge en règle contre plusieurs choix stratégiques de l’Afrique du Sud.
Des critiques en cascade
Selon des sources présentes, Leo Brent Bozell III a ouvertement remis en question les liens diplomatiques que l’Afrique du Sud entretient avec l’Iran, un partenaire controversé sur la scène internationale. Mais ses critiques ne se sont pas arrêtées là. L’ambassadeur s’en est également pris aux politiques de discrimination positive mises en place par Pretoria pour favoriser l’accès des Noirs sud-africains à l’emploi et aux opportunités économiques.
Des propos qui ont immédiatement fait réagir les autorités locales. Le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Ronald Lamola, a justifié cette convocation par la nécessité d’obtenir des explications sur ce qu’il n’a pas hésité à qualifier de « remarques non diplomatiques ». Avant d’ajouter un rappel cinglant : les échanges entre nations doivent impérativement respecter les protocoles internationaux établis.
La réforme agraire dans le viseur
L’ambassadeur aurait également critiqué la législation sud-africaine sur la réforme agraire, qui permet dans certains cas l’expropriation sans compensation des terres, un sujet extrêmement sensible dans un pays marqué par des décennies de spoliations foncières sous le régime de l’apartheid. Il s’est aussi attardé sur la gestion par Pretoria de chants politiques controversés, directement liés à cette période douloureuse de l’histoire nationale.
Des regrets exprimés
Face à la fermeté de la réaction sud-africaine, le diplomate américain a semble-t-il choisi l’apaisement. Des sources officielles indiquent qu’après avoir rencontré les autorités, Leo Brent Bozell III a exprimé ses regrets concernant ses déclarations. Un geste qui pourrait permettre de désamorcer temporairement la crise.
Des relations au plus bas depuis 1994
Cette confrontation diplomatique ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un contexte de dégradation continue des liens entre Washington et Pretoria depuis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Les observateurs s’accordent à dire que les relations bilatérales n’ont jamais été aussi mauvaises depuis la fin de l’apartheid en 1994.
Au-delà des récents propos de l’ambassadeur, les deux pays se sont régulièrement opposés sur des dossiers majeurs : les échanges commerciaux, les choix diplomatiques sur la scène internationale et les alliances régionales. Autant de sujets de friction qui creusent un peu plus chaque jour le fossé entre deux partenaires pourtant historiquement liés.
Cette convocation de l’ambassadeur américain constitue un nouvel avertissement de Pretoria à Washington : l’Afrique du Sud entend défendre ses choix souverains, y compris face à son partenaire américain. Reste à savoir si cet incident restera sans lendemain ou s’il marquera une nouvelle étape dans la détérioration des relations bilatérales.
Par Rodrigue Izumo

