Guinée : Viol présumé d’une fillette de 5 ans : le prévenu reconnaît un geste ambigu mais nie toute pénétration

Devant le tribunal de première instance de Coyah, Ibrahima Sory Diallo, maçon de son état, comparaissait ce lundi pour viol sur mineure de moins de 13 ans. La victime présumée, Aïcha Bangoura, n’a que 5 ans. Si l’accusé a fermement nié toute pénétration, ses propres déclarations devant le juge d’instruction ont jeté un éclairage bien différent sur les faits.

L’audience, qui s’inscrivait dans le cadre de la reprise des audiences criminelles, a vu un prévenu se démener pour tenter de convaincre le président de son innocence. « Je la connais très bien, c’est la fille d’un voisin », a-t-il d’abord posé, avant de livrer une chronologie minutieuse de la journée du 24 novembre dernier.

Selon M. Diallo, tout est parti d’une histoire de monnaie et de cigarettes. Ce jour-là, alors qu’il se rendait à une cérémonie de baptême, il croise la petite Aïcha près d’une boutique. « Elle était un peu sale. J’ai dit : ‘Pourquoi tu es sale comme ça ?’ […] Je lui demande : ‘Tu veux quoi ?’ Elle dit : ‘Je veux que tu m’achètes du pain’ », raconte-t-il, décrivant une scène banale de vie de quartier.

Son récit bascule lorsqu’il explique s’être éloigné pour uriner et fumer un « boule de chanvre indien ». « J’étais sur une hauteur, je l’ai fait monter et poser sur mes jambes », admet-il devant la barre, provoquant un silence dans la salle. C’est à ce moment que deux jeunes l’auraient découvert et, après une altercation, l’auraient conduit au poste de police de Kountia.

« J’ai frotté les fesses de la fille sur mon pénis »

Face à la persistance de l’accusé à nier tout acte sexuel, le président de l’audience a pris le parti de lui rappeler ses propres aveux, formulés en garde à vue. « Devant les juges d’instruction, vous avez dit : ‘J’ai frotté les fesses de la fille sur mon pénis et j’ai joui dans mon pantalon, mais je n’avais pas enlevé mon pantalon’ », a-t-il martelé.

Pris à son propre piège, Ibrahima Sory Diallo a vacillé, sans pour autant reconnaître un viol. « Je ne peux pas pénétrer sexuellement cette petite fille à moins que je la tue ou que je lui fasse du mal », s’est-il défendu, tentant de maintenir la distinction entre pénétration et attouchement.

Une distinction que ses avocats ont immédiatement exploitée. Ces derniers ont plaidé pour une requalification des faits en « attouchements sexuels » ou « violences sexuelles », arguant que « tant qu’il n’y a pas de pénétration, on ne peut pas parler de viol ». Une position que le ministère public, qui requiert la qualification initiale de viol sur mineure, a vivement contestée.

L’audience a finalement été suspendue. Les plaidoiries et les réquisitions sont attendues mercredi 22 avril. Le tribunal devra trancher un point crucial : y a-t-il eu viol, ou l’accusé, comme il le prétend, s’est-il simplement rendu coupable d’un geste déviant sans pénétration ? Le certificat médical, dont la teneur n’a pas été détaillée à l’audience, sera probablement la pièce maîtresse du dossier.

Par  Frédéric Konaté 

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