Cameroun : Raid meurtrier de l’armée contre des séparatistes dans le Nord-Ouest, au moins 14 morts
L’armée camerounaise a mené, dimanche 26 avril 2026, une opération contre des combattants séparatistes dans le village de Ndzerem-Nyam (région du Nord-Ouest). Bilan officieux : 14 « Amba Boys » tués, selon les forces de défense. Mais des habitants dénoncent la mort de civils pris pour cibles lors d’un festival culturel.
L’assaut a eu lieu en pleine journée, alors que se tenait le festival culturel annuel du groupement Ndzerem-Nyam, dans l’arrondissement de Jakiri (département du Bui). Selon des sources sécuritaires, des renseignements avaient signalé la présence de séparatistes armés dans le village depuis la veille. Ces derniers auraient imposé des restrictions aux habitants, notamment l’interdiction d’utiliser les téléphones portables.
« Sur la base de ces informations, les forces de défense ont lancé une opération ciblée pour neutraliser les éléments armés », indique une source militaire sous couvert d’anonymat. L’affrontement a duré plusieurs heures. À l’issue des échanges de tirs, l’armée a annoncé avoir tué « au moins quatorze combattants séparatistes, communément appelés Amba Boys ».
Un bilan officiel que contestent des riverains joints par téléphone. « Ce n’étaient pas des combattants. Il y avait des femmes, des jeunes du village. Ils ont tiré sur tout le monde pendant le festival », affirme un habitant de Jakiri qui a requis l’anonymat par crainte de représailles. Les mêmes sources locales évoquent un « massacre » et assurent que plusieurs victimes sont des civils non armés. Aucun bilan civil indépendant n’est disponible pour l’instant.
Matériel saisi et blessés
Les forces de l’ordre affirment avoir saisi un important arsenal à l’issue du raid : « Des fusils AK-44, un pistolet, d’autres armes à feu, des munitions, des gilets pare-balles et des casques », énumère le communiqué préliminaire de l’état-major. Par ailleurs, plusieurs blessés sans précision sur leur nombre ou leur statut ont été évacués vers des établissements de santé de la zone.
La région du Nord-Ouest est, avec celle du Sud-Ouest, le théâtre d’un conflit armé entre l’armée et des groupes séparatistes revendiquant l’indépendance des « Ambazonies » depuis 2017. Cette nouvelle opération intervient alors que les violences se sont intensifiées ces dernières semaines, malgré les appels répétés au dialogue
Joint par téléphone, le préfet du département du Bui n’a pas souhaité s’exprimer dans l’immédiat, renvoyant à un futur communiqué du gouverneur de la région du Nord-Ouest. Les autorités dénoncent régulièrement l’utilisation de rassemblements civils comme couverture par les groupes armés.
De leur côté, des organisations de défense des droits humains appellent à une enquête indépendante. « Les tirs sur une foule réunie pour un festival posent la question du respect du principe de distinction entre combattants et civils », a commenté un responsable local d’une ONG sous couvert d’anonymat.
L’incident de Ndzerem-Nyam risque de durcir encore un peu plus les positions dans ce conflit qui a déjà fait des milliers de morts et plus d’un million de déplacés depuis neuf ans.
Par Jérôme Wailifu

