Sénégal : la réforme électorale adoptée, Sonko éligible en 2029, l’opposition crie à la « loi sur mesure »

L’Assemblée nationale du Sénégal a adopté ce 28 avril 2026, à main levée et sans débat approfondi, une réforme controversée du code électoral. Portée par la large majorité des députés du Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), le texte rouvre officiellement la voie à une candidature du Premier ministre Ousmane Sonko à l’élection présidentielle de 2029.

Cette réhabilitation politique met fin à l’inéligibilité qui frappait M. Sonko depuis sa condamnation en 2024 dans l’affaire dite du « tourniquet de la CNE ». À l’époque, la justice l’avait privé du scrutin, ouvrant la voie à son dauphin Bassirou Diomaye Faye, élu triomphalement. Aujourd’hui, le chef du gouvernement veut reconquérir le suffrage universel.

« Une correction d’une injustice »

Pour le ministre de l’Intérieur, présent dans l’hémicycle, la mesure est avant tout réparatrice : « Le code électoral ne doit pas être un outil d’élimination arbitraire. Nous avons simplement supprimé un article désuet permettant d’écarter des personnalités pour des motifs flous. Ousmane Sonko a droit à une seconde chance comme tout citoyen. » Dans la rue, des banderoles « 2029, Sonko libre » fleurissent déjà dans la banlieue de Dakar.

FDR : « Ils réécrivent les règles pour un seul homme »

En revanche, la coalition d’opposition FDR (Front pour la Défense de la République), qui regarde les anciens alliés de Macky Sall et certains cadres libéraux, dénonce un « hold-up juridique ». Son porte-parole, le député Abdoulaye Wade fils, a vivement réagi : « On nous promettait une alternance vertueuse. Au lieu de cela, on assiste à une réécriture sur mesure du code électoral pour permettre à Sonko d’écarter son propre successeur. Diomaye Faye n’est-il qu’un fusible ? »

La sortie relance les tensions au sein même de la coalition présidentielle, officiellement unie mais fragilisée par l’ambition affichée du Premier ministre.

Un duel en perspective : Sonko vs Diomaye ?

Selon plusieurs analystes, cette réforme rend désormais inévitable un affrontement direct entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye en 2029. Jusqu’ici, le chef de l’État s’était gardé de tout commentaire. Mais un proche du palais confie : « Diomaye n’a jamais dit qu’il se représenterait. Cependant, personne n’imagine qu’il s’efface sans conditions. »

Reste un risque majeur : la saisine du Conseil constitutionnel par l’opposition, qui pourrait déclarer la loi non conforme à l’esprit de la Constitution. Les prochains jours diront si cette réforme passera l’épreuve des Sages.

Par Frédéric Konaté 

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