Tchad : La communauté Pévé de N’Djamena désormais structurée : une chefferie pour fédérer et transmettre
C’est un événement marquant pour la communauté Pévé de la capitale tchadienne. Ce samedi 2 avril 2026, au quartier Amtoukoi (7e arrondissement), a officiellement été installée la nouvelle chefferie de cette communauté. Une cérémonie empreinte de solennité qui consacre la volonté des ressortissants « Lame » (nom également attribué aux Pévé) de se doter d’une institution fédératrice en milieu urbain.
Une installation officielle en présence des notabilités
La cérémonie s’est déroulée en présence des autorités communales, du représentant du Sultan de N’Djamena, Béchir Bichara, ainsi que des chefs de différentes communautés et de nombreux membres de la communauté Pévé venus pour l’occasion. Après le mot de bienvenue du président du comité d’organisation, Dr Djondang Enock, l’acte de nomination a été lu par Vaïdjoua Yerima Keda.
L’ambiance était à la fois recueillie et festive. Pour beaucoup de Pévé résidant à N’Djamena, cette chefferie représente bien plus qu’une simple institution : c’est un point d’ancrage, un repère identitaire dans une capitale en perpétuelle mutation.
Guineo Gouatao à la tête d’une équipe expérimentée
À la tête de cette nouvelle chefferie, on retrouve Guineo Gouatao en qualité de chef. Il est assisté par Keda Gour et Adjam Jean Claude. Un trio qui devra incarner les valeurs et la mémoire de la communauté Pévé, tout en étant l’interface avec les autres communautés et les autorités locales.
« Davantage de devoirs que de droits »
Dans son allocution, le représentant du Sultan de N’Djamena, Béchir Bichara, a tenu à rappeler un principe fondamental : cette responsabilité confère « davantage de devoirs que de droits ». Une mise en garde amicale mais ferme, invitant les nouveaux responsables à placer l’intérêt collectif au-dessus de toute considération personnelle.
Un appel à l’unité et au vivre-ensemble
Prenant la parole après son installation, le chef Guineo Gouatao s’est dit « fier et reconnaissant », notamment envers le Sultan de N’Djamena pour son accompagnement. Il a longuement insisté sur les valeurs qui fondent selon lui la communauté Pévé : le respect de l’autre, la solidarité, la tolérance, l’hospitalité et surtout l’attachement au vivre-ensemble.
Il a lancé un appel solennel à tous les fils et filles de la communauté : « Cultivons l’unité, renforçons l’amour fraternel et privilégions le dialogue en toutes circonstances. » Des paroles fortes dans un contexte urbain parfois marqué par l’anonymat et les tensions intercommunautaires.
Une chefferie urbaine pour répondre à des besoins modernes
L’installation de cette chefferie répond à une réalité concrète : celle de l’exode rural et de la concentration des différentes ethnies dans les grandes villes comme N’Djamena. Loin des terroirs d’origine, les Pévé ressentent le besoin de recréer du lien, de disposer d’une instance capable de réguler les conflits internes, d’organiser les solidarités et de transmettre la mémoire culturelle aux générations nées en ville.
Avec cette officialisation, la communauté Pévé rejoint d’autres communautés déjà structurées dans la capitale tchadienne, participant ainsi à la richesse et à la diversité du paysage socioculturel de N’Djamena.
Un pas vers la cohésion nationale
Cette nouvelle chefferie ne se veut pas un repli identitaire mais au contraire, un maillon supplémentaire dans la chaîne du vivre-ensemble tchadien. En donnant une voix organisée à la communauté Pévé, c’est l’ensemble de la mosaïque culturelle du Tchad qui se renforce.
Par Mbaikoula Philippe

