Botswana : Festus Mogae, l’ancien président qui a brisé le tabou du sida, est décédé
L’ancien chef de l’État botswanais Festus Mogae s’est éteint ce vendredi 8 mai 2026 à l’âge de 86 ans, a appris l’AFP auprès de sources officielles et confirmé par nos confrères d’Africa News. L’homme qui a dirigé le Botswana de 1998 à 2008 laisse derrière lui l’image d’un dirigeant discret mais déterminé, dont la présidence a marqué l’histoire récente du pays.
Arrivé au pouvoir dans un pays déjà considéré comme un havre de stabilité en Afrique australe, cet économiste de formation a poursuivi la politique de développement de son prédécesseur, Sir Ketumile Masire. Sous ses deux mandats, le Botswana a connu une croissance économique soutenue, portée par l’exploitation du diamant. Gestionnaire rigoureux, Mogae a veillé à ce que cette manne profite aux infrastructures et à l’éducation, sans céder aux dérives clientélistes que l’on observait ailleurs sur le continent.
Mais son héritage le plus marquant reste sans doute son combat contre l’épidémie de VIH/sida. Alors que le Botswana affichait alors l’un des taux de prévalence les plus élevés au monde – près d’un tiers de la population adulte était infectée – Festus Mogae a été l’un des premiers dirigeants africains à briser le silence. « J’ai pleuré en découvrant les chiffres », confiait-il des années plus tard.
En 2002, il a lancé le programme MASA (qui signifie « nouvelle aube » en setswana), rendant les antirétroviraux entièrement gratuits pour les citoyens les plus démunis. Une décision audacieuse à une époque où de nombreux pays africains peinaient encore à reconnaître publiquement l’ampleur de la crise. Cette politique a sauvé des centaines de milliers de vies et a fait du Botswana un modèle en matière de lutte contre le sida sur le continent.
Son engagement en faveur de la bonne gouvernance a été salué en 2008 par l’attribution du prestigieux prix Mo Ibrahim, doté de 5 millions de dollars. Le comité avait souligné sa « gestion exceptionnelle de l’économie » et « sa détermination à lutter contre le fléau du sida » au péril de sa popularité.
Retiré de la vie politique depuis la fin de son second mandat en 2008, Festus Mogae s’était peu à peu éloigné de la scène publique ces dernières années. Il laisse le souvenir d’un homme sobre, presque effacé, mais dont les décisions ont durablement transformé son pays.
La présidence botswanaise n’a pas encore communiqué officiellement sur les modalités des obsèques. Une période de deuil national est attendue dans les prochains jours.
Par Frédéric Konaté

