Cameroun : Marcel Niat Njifenji rejoint ses ancêtres, la République rend un dernier hommage au patriarche du Ndé
Le ciel du département du Ndé était lourd ce samedi 16 mai 2026. Pourtant, ce n’est pas la pluie qui a assombri la cité de Bangangté, mais l’émotion d’un peuple et d’une nation tout entière venus dire adieu à l’un de ses plus illustres fils. Marcel Niat Njifenji, premier Président du Sénat camerounais, a rejoint le caveau de ses ancêtres après une vie entièrement dévouée à la construction nationale.
Le Stade municipal de Bangangté, transformé pour l’occasion en une monumentale nef républicaine, a vibré au rythme des adieux officiels. À midi pile, la terre rouge de l’Ouest a scellé le destin de celui qui fut, depuis 2013, le rempart constitutionnel et le gardien des équilibres de la Chambre haute.
Un hommage solennel à la hauteur du parcours
La cérémonie, placée sous le signe de la solennité et du recueillement, a été présidée par Son Excellence Paul Biya, Président de la République, représenté par Aboubakary Abdoulaye, actuel Président du Sénat. C’est ce dernier qui a conduit le protocole d’État, agissant en maître d’œuvre d’une mise en scène millimétrée, digne des plus grands hommages républicains.
Le Très Honorable Datouo Théodore, Président de l’Assemblée nationale, a conduit une délégation compacte de députés pour saluer la mémoire du disparu. À ses côtés, la fine fleur des institutions camerounaises avait fait le déplacement :
· Joseph Dion Ngute, Premier Ministre, chef du gouvernement ;
· Emmanuel Nzete, Premier Vice-Président du Conseil Économique et Social ;
· Marie Claire Dieudonnée Nseng-Elang, Procureur Général près la Cour Suprême ;
· Philémon Yang, Grand Chancelier des Ordres Nationaux ;
· Une délégation de députés et sénateurs ;
· Les gouverneurs des régions de l’Ouest, du Nord-Ouest et du Littoral ;
· De nombreuses chefferies traditionnelles venues témoigner leur respect ;
· La famille éplorée et les militants du RDPC venus en nombre.
Un parcours exemplaire élevé au rang de Commandeur
En reconnaissance de son engagement sans faille pour le développement agricole et communautaire, Marcel Niat Njifenji a été élevé à titre posthume au rang de Commandeur de l’Ordre du Mérite Agricole par décret présidentiel. Une distinction qui vient couronner des décennies de labeur discret mais efficace au service des populations rurales, lui qui avait toujours eu à cœur de développer sa terre natale.
De la Sonel au perchoir du Sénat : le parcours d’un bâtisseur
L’émotion, brute et théâtrale, a culminé dès 8h00 lors de la grande célébration religieuse. Les oraisons funèbres ont déshabillé le parcours de ce compagnon ultra-fidèle du régime. Ancien directeur des banquettes de la Société nationale d’électricité (Sonel), ingénieur des Ponts et Chaussées de formation, Marcel Niat Njifenji avait su dompter aussi bien le relief que les hommes.
Son passage à la mairie de Bangangté au début des années 2000 a marqué durablement sa communauté d’origine. Mais c’est surtout son accession à la présidence du Sénat en 2013 qui l’a propulsé sur la scène politique nationale. À ce poste stratégique, il incarnait la continuité de l’État en cas de vacance au sommet, un rôle constitutionnel d’une importance capitale.
Une tragédie humaine et politique en toile de fond
Derrière le faste des honneurs militaires détachements au garde-à-vous, dépôts de gerbes, salves d’artillerie – se nouait une tragédie humaine et politique. Ce deuil national intervient quelques semaines seulement après que le patriarche, affaibli par une longue maladie et de multiples séjours médicaux à l’étranger, a été contraint de céder le perchoir de la Chambre haute.
À 91 ans, Marcel Niat Njifenji a succombé le 11 avril 2026 au CHU de Yaoundé, laissant derrière lui un vide immense dans l’architecture politique camerounaise.
La foule des anonymes : témoins de l’histoire
Des milliers d’anonymes, massés aux abords du complexe sportif, ont assisté à cette page d’histoire. Conscients d’assister à l’effondrement d’un des derniers piliers de l’architecture politique post-indépendance du Cameroun, ils ont mêlé leurs larmes à celles des officiels.
À 11h35 précises, l’intimité familiale a repris ses droits sur la pompe républicaine. Le cercueil, drapé des couleurs nationales, a franchi le seuil du quartier Mandja pour l’inhumation dans le caveau de ses ancêtres. La session était définitivement levée pour le bâtisseur du Ndé.
Un héritage immense pour le Cameroun
L’ingénieur émérite devenu l’équilibriste suprême du septentrion législatif laisse derrière lui un héritage plus qu’immense. Marcel Niat Njifenji restera dans les mémoires comme le premier Président de l’histoire du Sénat camerounais, un homme de consensus, un bâtisseur discret mais efficace, et un fidèle parmi les fidèles.
Le Cameroun, lui, se réveille orphelin d’un de ses plus secrets directeurs de conscience.
Par Georges Domo

