Mali:  Approvisionnement en carburant : Bamako évalue les stocks et renforce la vigilance face à une baisse des entrées

 

Une réunion de haut niveau s’est tenue à Bamako ce jeudi 21 Mai  consacrée à l’approvisionnement en carburant sur l’ensemble du territoire malien. Présidée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, la rencontre a réuni les principaux acteurs du secteur des hydrocarbures pour faire le point sur les stocks, les flux entrants et les mesures à prendre pour éviter toute rupture. Si les volumes récemment enregistrés montrent une légère baisse, les autorités appellent à la vigilance sans céder à la panique.

L’énergie est le sang qui fait circuler l’économie malienne. Sans carburant, plus de transports, plus de groupes électrogènes, plus d’activités industrielles, plus de services de santé. Conscient de cet enjeu vital, le gouvernement a réuni ce [date] l’ensemble des acteurs du secteur des hydrocarbures pour évaluer la situation logistique et anticiper d’éventuelles perturbations.

Présidée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, cette rencontre avait pour objectif de dresser un état des lieux précis des stocks disponibles, des flux entrants sur le territoire et des solutions envisagées pour assurer la continuité de la distribution.

Des chiffres qui appellent à la réflexion

Les données présentées au cours des échanges permettent de mesurer l’ampleur du défi logistique auquel le Mali est confronté. Entre le 4 et le 10 mai, plus de 31 millions de litres d’hydrocarbures sont entrés dans le pays, acheminés via 665 citernes. Un volume important qui témoigne des efforts fournis par les transporteurs et les autorités pour approvisionner le marché.

Mais la semaine suivante, les chiffres ont légèrement fléchi : environ 27 millions de litres ont été acheminés à travers 609 citernes. Soit une baisse de près de 4 millions de litres en une semaine.

Pas de rupture immédiate, mais une fragilité à ne pas négliger

Les autorités se veulent rassurantes : cette diminution ne traduit pas encore une rupture de stock. Les réserves actuelles permettent, pour l’instant, de couvrir les besoins du pays.

Cependant, cette baisse met en lumière la fragilité du dispositif logistique malien. Un pays enclavé, dépendant des corridors routiers régionaux, où chaque kilomètre parcouru par les citernes est potentiellement une prise de risque.

« Nous ne sommes pas encore dans une situation critique, mais nous devons rester extrêmement vigilants. La moindre perturbation prolongée pourrait avoir des répercussions immédiates sur l’ensemble de l’économie », a confié une source proche du ministère.

Les facteurs de risque identifiés

Les autorités ont rappelé que l’approvisionnement en carburant dépend de plusieurs facteurs, parfois difficilement maîtrisables :

· La sécurité des axes de transport : dans un Mali régulièrement frappé par des attaques armées, les convois de carburant constituent des cibles potentielles.
· Les délais aux frontières : les lenteurs administratives ou les tensions diplomatiques peuvent ralentir les flux entrants.
· La disponibilité des transporteurs : le secteur du transport de carburant repose sur des acteurs privés dont la mobilisation n’est pas toujours garantie.
· Les capacités de distribution intérieure : une fois arrivé au Mali, le carburant doit être acheminé vers l’ensemble du territoire, y compris les zones les plus reculées et les plus sensibles.

Les risques d’une crise énergétique

Dans un pays où les attaques armées sont régulières, toute perturbation prolongée des circuits d’approvisionnement pourrait rapidement se transformer en crise énergétique. Et les conséquences seraient immédiates :

· Pénurie dans les stations-service, avec des files d’attente interminables.
· Paralysie des transports publics et privés.
· Hausse du coût des produits de première nécessité, le carburant étant un facteur clé dans la chaîne logistique.
· Difficultés d’accès aux soins pour les services de santé dépendant des groupes électrogènes.
· Ralentissement de l’activité industrielle, avec des risques de licenciements ou de fermetures temporaires.

Le gouvernement annonce des mesures renforcées

Face à ce tableau, le gouvernement affirme sa détermination à maintenir une surveillance permanente sur toute la chaîne d’approvisionnement. Plusieurs axes d’action ont été annoncés :

· Renforcement de la sécurisation des convois : coordination accrue avec les forces armées et les services de renseignement pour protéger les citernes sur les axes sensibles.
· Amélioration de la distribution intérieure : optimisation des circuits logistiques pour acheminer le carburant plus rapidement vers les zones périphériques.
· Lutte contre la spéculation : surveillance renforcée des prix à la pompe et des stocks des opérateurs pour éviter toute tentative d’accumulation ou de hausses artificielles.

« Nous appelons les transporteurs, les distributeurs et les consommateurs à la responsabilité. Le carburant est un bien stratégique. Chacun doit jouer son rôle pour éviter une crise que notre pays ne peut pas se permettre », a martelé le ministre Moussa Alassane Diallo.

Un appel à la vigilance, pas à la panique

Si le ton est résolument préventif, les autorités insistent sur un point : il n’y a pas lieu de céder à la panique. Les stocks actuels permettent de tenir, et les mesures annoncées devraient, si elles sont correctement appliquées, éviter toute rupture majeure.

Cependant, l’ombre d’une crise énergétique plane sur un pays déjà éprouvé par des années de conflit, d’instabilité politique et de difficultés économiques. La gestion de ce dossier sera un test supplémentaire pour les autorités de transition.

L’Afrique retient son souffle

Le Mali n’est pas seul confronté à ces défis. Dans toute la région sahélienne, la question de l’approvisionnement en carburant est devenue stratégique. Les blocages aux frontières, les attaques armées et les aléas climatiques peuvent à tout moment perturber un équilibre déjà fragile.

En attendant, les regards restent tournés vers Bamako. La semaine à venir sera décisive pour mesurer la capacité du gouvernement à inverser la tendance et à garantir aux Maliens un approvisionnement stable et régulier.

Par Cherif Keita 

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