Sénégal : Ousmane Sonko élu président de l’Assemblée nationale par 132 voix sur 133, un plébiscite sans appel
L’ancien Premier ministre a été porté au perchoir ce mardi à Dakar avec un score stratosphérique : 132 voix pour, une seule abstention, aucun vote contre. Un résultat qui témoigne de la mainmise totale de la majorité présidentielle sur l’hémicycle, mais que l’opposition dénonce comme une mascarade.
Il n’aura manqué qu’une seule voix à Ousmane Sonko pour frôler l’unanimité parfaite. Sur 133 votants, l’ancien Premier ministre et leader du Pastef en a convaincu 132. Aucun suffrage négatif. Seule une abstention est venue entacher ce quasi-sans-faute.
Jamais, dans l’histoire récente du Parlement sénégalais, un président de l’Assemblée nationale n’avait été élu avec une telle marge. Ce n’est pas une victoire. C’est un raz-de-marée.
132 voix, un score qui en dit long
Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il faut rappeler le contexte. Ousmane Sonko a été limogé de son poste de Premier ministre il y a quelques jours à peine. Nombreux étaient ceux qui voyaient dans ce départ une mise au placard, voire une disgrâce.
Mais en à peine une semaine, l’homme fort du Pastef a rebondi de la plus belle des manières. Réintégré comme député après la suspension de son mandat durant son passage au gouvernement, il a immédiatement été porté à la tête du Parlement.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
· 132 voix pour (sur 133 votants)
· 0 voix contre
· 1 abstention
Soit 99,2 % des suffrages exprimés. Dans une Assemblée nationale comptant 165 sièges au total, l’opposition, qui a boycotté le scrutin, a laissé le champ libre à la majorité présidentielle. Résultat : un score presque biblique.
« Je mesure l’honneur qui m’est fait »
Dans son discours d’investiture, Ousmane Sonko, visiblement ému, a tenu à saluer cette confiance massive :
« Je mesure l’honneur qui m’est fait. Ces 132 voix ne sont pas un satisfecit personnel. Elles sont le signe que l’Assemblée nationale veut tourner la page et s’inscrire dans une dynamique nouvelle. »
Le nouveau président du Parlement a également eu un mot pour les élus de la majorité qui ont voté pour lui, les remerciant pour leur « discipline républicaine ».
Une abstention mystérieuse
Reste la question de l’unique abstention. Qui ? Pourquoi ? À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune information officielle n’a filtré sur l’identité du député qui a choisi de ne pas prendre part au vote.
Certains observateurs évoquent un élu de la majorité ayant voulu marquer son désaccord discret avec la méthode. D’autres pensent plutôt à un bulletin nul ou à un incident technique. Une chose est sûre : dans un scrutin aussi verrouillé, cette abstention isolée intrigue.
L’opposition dénonce un scrutin truqué avant même d’avoir commencé
Si le score est aussi spectaculaire, c’est aussi parce que l’opposition a claqué la porte avant le vote. Réunie autour de la principale coalition hostile au Pastef, elle estime que la candidature d’Ousmane Sonko était illégale.
« Il ne pouvait pas retrouver son siège de député après avoir quitté le gouvernement. Cette élection est nulle. Les 132 voix ne valent rien puisqu’elles ont été obtenues dans un hémicycle vidé de ses opposants », a tonné un responsable de l’opposition.
Pour autant, juridiquement, le vote est valide. Le règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoit que l’élection du président se fait à la majorité des suffrages exprimés par les députés présents. L’opposition ayant choisi de partir, elle ne peut pas, en droit, contester la régularité du scrutin.
Un plébiscite qui conforte la mainmise du Pastef
Ce score écrasant a au moins le mérite de la clarté. La majorité présidentielle, issue des législatives de 2024, tient l’Assemblée nationale d’une main de fer. Elle est capable de faire voter n’importe quel texte, n’importe quelle loi, et désormais d’élire ses propres dirigeants par des marges confortables.
L’arrivée d’Ousmane Sonko au perchoir ne fait que renforcer cette emprise. L’homme connaît les rouages du pouvoir. Il sait où sont les leviers. Et il sait, surtout, comment les actionner.
Un message fort envoyé au président Bassirou Diomaye Faye
Derrière ce plébiscite, il y a aussi un message politique adressé au chef de l’État. En portant massivement Sonko à la tête du Parlement, les députés de la majorité signifient au président Bassirou Diomaye Faye que l’ancien Premier ministre reste incontournable.
Limogé du gouvernement, Sonko revient par la grande porte à l’Assemblée. Et il revient avec un mandat clair : peser sur l’agenda législatif, surveiller l’action du nouvel exécutif dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô, et préparer sans doute la suite.
Car dans un régime présidentiel, le président de l’Assemblée nationale n’est pas un simple figurant. Il peut bloquer des textes. Il peut convoquer des commissions d’enquête. Il peut, à sa manière, gouverner.
Les prochains défis du nouveau président du Parlement
Fort de ce score sans appel, Ousmane Sonko va maintenant devoir relever plusieurs défis :
1. Apaiser le climat politique : l’opposition est vent debout. Il lui faudra tendre la main ou assumer une gestion majoritaire autoritaire.
2. Gérer ses divergences avec le Premier ministre : Sonko a lui-même reconnu des désaccords sur la politique monétaire et la dette.
3. Préserver l’unité du Pastef : le parti au pouvoir doit rester soudé face aux épreuves à venir.
4. Incarner la fonction : du tribun populiste au président de l’Assemblée, l’exercice n’a rien d’évident.
Un score historique, une légitimité renforcée
Qu’on soutienne ou qu’on conteste Ousmane Sonko, une chose est désormais acquise : il a été élu avec 132 voix sur 133 votants. Un chiffre que ses adversaires auront du mal à effacer. Un chiffre qui lui confère, au sein de l’institution parlementaire, une autorité morale indiscutable.
Reste à savoir comment il utilisera ce capital politique. Pour l’apaisement ? Pour la confrontation ? Pour préparer l’après-Diomaye Faye ?
Les prochains mois, et les premiers textes examinés par l’Assemblée, donneront une première réponse.
Par Cherif Keita

