Tchad : Nodjihiguidé Médard,juriste de terrain, cadre militant du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), artiste musicien, slameur, poète, écrivain et nouvelle cheville ouvrière de l’administration tchadienne
Dans un pays où la fonction publique et l’engagement politique exigent rigueur, discrétion et une solide connaissance des rouages institutionnels, le parcours de Nodjihiguidé Médard se distingue par sa cohérence, sa résilience et sa progression constante. À 36 ans, ce juriste marié et père de deux enfants, originaire de Kana/Deli dans le département du Lac Wey (province du Logone Occidental), cumule une fonction stratégique : Chef de bureau du Secrétaire Général de la province du Ouaddaï, un poste qu’il occupe depuis février 2026.
Mais ce qui frappe chez lui, c’est la dualité rare entre l’administrateur rigoureux et l’artiste sensible. Car Nodjihiguidé Médard est aussi musicien, slameur, poète et écrivain. Une polyphonie créative qu’il cultive avec la même passion que son engagement civique et politique.
Un juriste de terrain formé à l’université de N’Djamena
Avant d’atteindre ces fonctions élevées, Nodjihiguidé a fait ses armes sur le terrain. De septembre 2019 à février 2024, il a occupé le poste de secrétaire et assistant du chef de centre à l’Agence Nationale des Titres Sécurisés (ANATS), au Centre d’Accueil des Usagers de Chagoua, un lieu stratégique pour des milliers de Tchadiens en quête de documents d’identité.
Là-bas, il s’est forgé une réputation d’homme méthodique. Ses missions : gestion administrative, rédaction de correspondances, étude et traitement des dossiers litigieux. « C’était un travail de fourmi : analyser chaque rejet, comprendre pourquoi, et orienter correctement l’usager », confie-t-il. Cette immersion lui a permis de maîtriser comme peu de gens les rouages du système juridique tchadien.
Sa polyvalence s’est également illustrée à l’Institut National de la Statistique (INSEED) : en août et septembre 2025, il a été successivement agent de collecte puis chef de mission pour l’enquête sur les budgets communaux dans la province du Chari Baguirmi, un projet financé par la Banque mondiale.
L’engagement politique au cœur de l’action
Ce qui frappe chez Nodjihiguidé Médard, c’est son double ancrage : technique et militant. « Mon engagement pour le service public m’a conduit à être fondateur et actif de plusieurs organisations politiques et associatives », souligne-t-il. Cadre militant du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) pour le département du Lac Wey, il ne conçoit pas son engagement comme un simple étendard, mais comme une déclinaison concrète de ses compétences : mobilisation communautaire, animation de réunions, et surtout une conviction profonde dans la résolution des conflits par la non-violence.
L’artiste aux mille facettes : musicien, slameur, poète, écrivain
Mais derrière l’administrateur et le militant se cache une autre âme : celle d’un créateur. Nodjihiguidé Médard est aussi musicien, slameur, poète et écrivain. Une facette trop souvent discrète dans les profils de cadres, mais qu’il revendique comme une partie essentielle de son équilibre personnel et professionnel.
Le slam, notamment, est pour lui un exutoire et un outil de communication directe avec la jeunesse. Sur scène, sa voix grave et posée contraste avec l’énergie des mots qu’il martèle. Ses textes, souvent engagés, mêlent critique sociale douce, appels à l’unité et célébration des valeurs sahéliennes. Il a participé à plusieurs scènes ouvertes à N’Djamena et dans sa province natale du Logone Occidental, sans jamais chercher les projecteurs fidèle à sa discrétion légendaire.
En tant que poète, Nodjihiguidé manie la plume avec la même rigueur que le Code. Ses poèmes, parfois publiés dans des recueils artisanaux ou partagés lors de soirées culturelles, explorent des thèmes universels : l’exil intérieur, le devoir de mémoire, la condition des mères tchadiennes. La poésie est pour lui une manière de dire autrement ce que le juriste ne peut formuler dans des conclusions administratives.
Comme écrivain, il a amorcé l’écriture d’un projet plus ambitieux : un recueil de nouvelles ou un roman court sur les coulisses de l’administration publique tchadienne, vu par un jeune cadre. L’ouvrage, encore en chantier, mêlerait anecdotes vécues, portraits de bureaux et réflexions sur l’éthique du service public une manière de « démythifier l’administration sans la dénaturer », confie-t-il.
La musique, enfin, vient compléter ce tableau. Bien qu’il ne se produise pas régulièrement, Nodjihiguidé compose quelques mélodies au kore (instrument traditionnel du Logone) ou à la guitare. Il a notamment collaboré à des projets de sensibilisation citoyenne où sa voix servait un message de paix et de tolérance lors des campagnes locales.
Pour lui, l’art n’est pas une simple distraction : c’est une continuation du militantisme par d’autres moyens. « Le slam et la poésie me permettent d’atteindre ceux que les discours officiels n’atteignent plus », explique-t-il. Cette hybridité juriste le jour, artiste la nuit – fait de lui un profil rare dans le paysage tchadien, où les disciplines ont trop souvent tendance à rester cloisonnées.
Un profil aux multiples facettes, entre rigueur et sensibilité
Également entrepreneur puisqu’il mentionne la création d’une startup, ce juriste de 36 ans incarne une nouvelle génération de cadres tchadiens : technocrates et militants, mais aussi sensibles à la culture et à l’expression artistique. Sa discrétion, qualité rare qu’il revendique lui-même, contraste avec une capacité affirmée à travailler sous pression et dans le respect des délais.
Aujourd’hui, l’homme aux multiples casquettes met tout son talent au service de la province du Ouaddaï, où il assiste le secrétaire général dans la lourde tâche de l’administration territoriale. Dans ses moments de liberté, entre deux courriers officiels, on dit qu’il griffonne quelques vers sur un coin de bureau – comme pour ne jamais oublier que l’administration, aussi rigide soit-elle, s’écrit aussi avec des émotions.
À l’heure où le Tchad consolide ses institutions, des profils comme celui de Nodjihiguidé Médard rappellent que l’efficacité de l’État repose aussi sur ces cadres de l’ombre, rigoureux et engagés, mais jamais réductibles à une seule case. Juriste de formation, militant convaincu, administrateur aguerri, mais aussi musicien, slameur, poète et écrivain – son parcours est à suivre de près dans les prochaines évolutions de la vie publique et culturelle tchadienne.
Rigoureux, respectueux et discret, Nodjihiguidé Médard semble prêt à gravir de nouveaux échelons, sans jamais laisser ses instruments de musique prendre la poussière.
Par Kenzo Brown

