Kenya : à 19 ans, elle vit avec deux utérus, deux vagins et un seul rein,  Abigael refuse de se laisser abattre

À l’âge où beaucoup de jeunes femmes construisent leurs premiers rêves, Abigael Kendi, 19 ans, jongle avec des douleurs chroniques, des opérations répétées et un corps qui défie les manuels de médecine. Née avec une malformation congénitale d’une extrême rareté, elle possède deux utérus, deux cols de l’utérus, deux vagins… et un seul rein.

Son histoire a été mise en lumière au Kenya, où elle lutte quotidiennement pour exister, étudier et espérer guérir.

Un diagnostic tardif après des douleurs mystérieuses

Comme beaucoup de filles de son âge, Abigael attendait ses premières règles. Mais celles-ci ne sont jamais vraiment venues comme prévu. À l’adolescence, elle a commencé à souffrir de fortes douleurs pelviennes, de difficultés à uriner et à aller à la selle, ainsi qu’un gonflement abdominal inquiétant.

Les médecins ont mis du temps avant de poser le bon diagnostic. Après plusieurs examens, la vérité a éclaté : elle est porteuse d’une malformation de type utérus didelphe, associée à une agénésie rénale (absence congénitale d’un rein). Une configuration que peu de spécialistes rencontrent dans toute leur carrière.

Sept opérations sans succès durable

Pour tenter de soulager ses symptômes  notamment les blocages menstruels et les douleurs liées à l’accumulation de sang dans un hémivagin borgne Abigael a déjà subi sept interventions chirurgicales. Jusqu’ici, aucune n’a apporté de solution définitive.

Au quotidien, elle utilise un cathéter pour parvenir à uriner, une contrainte douloureuse et chronique qui rythme sa vie.

Stigmatisation et isolement social

À l’école, son état n’a pas toujours été compris. Certains camarades se moquaient. D’autres l’évitaient, effrayés par ce qu’ils ne comprenaient pas. Dans sa communauté, la méconnaissance de sa pathologie a parfois conduit à des regards lourds de jugement.

Pourtant, Abigael n’a pas cédé à l’isolement. Avec le soutien indéfectible de ses parents qui ont sacrifié une grande partie de leurs ressources pour financer ses soins  elle a puisé la force d’avancer.

Écrire pour exister, rêver pour guérir

Refusant de n’être qu’un cas médical, la jeune fille a écrit un livre racontant son parcours. Un récit qu’elle espère utile à d’autres femmes vivant des malformations rares, souvent invisibilisées, parfois diagnostiquées très tard.

Son plus grand rêve ? Devenir médecin. « Pour aider celles qui souffrent de la même chose que moi », explique-t-elle. Un projet de vie qui en dit long sur sa résilience : transformer sa douleur en compétence, son vécu en vocation.

Par Rodrigue Izumo 

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