France : 2027 : le temps des choix, la fin d’un cycle

 

Le 14 mai prochain, Emmanuel Macron quittera le pouvoir. Pour la première fois sous la Ve République, un président, empêché par la Constitution de briguer un troisième mandat, devra passer le relais sans pouvoir désigner son héritier. La campagne qui s’ouvre est une page blanche, porteuse à la fois de promesses et de périls.

Depuis l’adoption du quinquennat en 2000, aucun chef d’État n’avait atteint la limite des deux mandats consécutifs fixée par la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008. Élu le 7 mai 2017, réélu le 24 avril 2022, Emmanuel Macron achèvera le 14 mai 2027 son dernier jour à la tête de l’État. La passation de pouvoir avec son successeur aura lieu ce matin-là, conformément aux dispositions de l’article 6 de la Constitution.

Le calendrier est désormais connu : les 18 avril et 2 mai 2027, les Français seront convoqués aux urnes. Mais ce scrutin, qui s’annonce comme le plus indécis depuis l’élection de François Mitterrand en 1981, se joue dans un paysage politique en pleine recomposition, où les alliances se nouent et se dénouent au gré des ambitions, et où la parole présidentielle, libérée du poids d’une candidature, pourrait peser plus lourd que jamais.

Lame duck ou main libérée ?

Beaucoup redoutent les derniers mois d’un quinquennat sans perspective de réélection. Aux États-Unis, on parle de « lame duck » – un président privé de toute influence, paralysé jusqu’à la passation. En France, la tradition est différente. Un chef de l’État sortant peut, jusqu’à la dernière minute, user de son autorité. Emmanuel Macron l’a promis : il entend « se battre jusqu’à la dernière minute ».

Mais jusqu’où ? En janvier dernier, il évoquait la tentation d’une « campagne off » durant le premier tour. « Je ne suis pas candidat mais je peux parler. Et c’est ce que je ferai », confiait-il à ses proches. Une promesse d’interventions qui pourrait bouleverser le jeu politique, notamment en cas d' »ingérences étrangères » dans le débat démocratique, comme il l’a lui-même suggéré.

Sept ans qui ont changé la France

L’heure des bilans a déjà sonné. Sept ans de macronisme ont profondément remodelé le paysage politique hexagonal : dislocation des partis traditionnels, émergence d’un bloc central inédit, ancrage durable du Rassemblement national. La réforme des retraites, la crise des Gilets jaunes, l’épidémie de Covid-19, le retour de la guerre en Europe : autant d’épreuves qui ont forgé un quinquennat hors normes.

Mais c’est aussi la fin d’un cycle, peut-être même d’une époque. Le macronisme, né de la volonté d’un seul homme, pourrait ne pas lui survivre. La compétition qui s’engage entre ses héritiers présumés – Édouard Philippe, Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Élisabeth Borne – risque de fragmenter le camp présidentiel, tandis que Marine Le Pen ou Jordan Bardella se tiennent prêts à incarner une alternance radicale.

L’ombre d’un verdict

Le sort de Marine Le Pen pourrait être le premier coup de tonnerre de cette campagne. La cour d’appel de Paris doit se prononcer ce mardi sur son éligibilité après sa condamnation pour détournement de fonds européens. Une peine de cinq ans d’inéligibilité confirmée écarterait la triple candidate à la présidentielle, ouvrant la voie à Jordan Bardella, qui domine les sondages. Une peine réduite à deux ans ou moins, en revanche, lui permettrait de concourir. Dans les deux cas, le verdict pèsera sur l’équilibre des forces.

Une page à écrire

Pour les Français, le scrutin de 2027 est existentiel. Après douze ans de quinquennats (deux pour François Hollande, deux pour Emmanuel Macron), la question n’est plus seulement de savoir qui occupera l’Élysée, mais quelle direction donner au pays. Plus sociale, plus écologique, plus autoritaire, plus souverainiste ? Le débat est ouvert.

Alors que l’échéance approche, une question demeure : quel rôle Emmanuel Macron jouera-t-il dans les derniers mois de son mandat ? S’il choisit la réserve, il respectera la tradition républicaine. S’il intervient, il brisera un tabou, peut-être pour éclairer un choix décisif.

Dans tous les cas, la passation du 14 mai 2027 restera un moment d’histoire. Car pour la première fois depuis 1958, un président de la République, contraint par la Constitution, tendra la main à son successeur sans avoir pu choisir son camp. Ce jour-là, la France tournera une page. Reste à savoir laquelle.

Par Cherif Keita 

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